Mes pigeons auraient pu devenir verts ou bleus;
Les roses, ce me semble, n'auraient pas été bien malheureuses de se tresser un peu en couronnes.
Le seigle et le froment.... je n'ai pas à me plaindre d'eux; je ne sais pas ce qu'ils auraient fait ni comment ils se seraient conduits, il n'y en a pas dans mon jardin.
Mais les autres...
Voici une rose... savez-vous ce qu'elle fait? Elle enveloppe de ses pétales une cétoine qui veut dormir.
Les gorteria ont replié leurs pétales en deux dans leur longueur; les aristea ont roulé les leurs et dorment absolument comme si Edmond n'était pas parti.
Les pigeons... les pigeons ont bien autre chose à faire qu'à se teindre en vert ou en bleu; ils se trouvent, du reste, fort bien comme ils sont et paraissent fort occupés à se le dire les uns aux autres.
Les tigridias, chiffonnés comme des cornets de papier mal fermés, sont près de tomber sur la terre; mais rien n'égale l'indifférence des bruyères et des lauriers.
Sérieusement, cette fiction, dont les poètes bons ou mauvais ont tous abusé, de montrer les arbres et les fleurs, partageant notre tristesse et notre deuil, est pour moi une poésie moins élevée que la superbe indifférence de la nature.
Je ne sais d'ailleurs s'ils ont bien raison de faire ce mensonge pour augmenter la tristesse de leur récit.