La cloche de l'église tinte: les paysans disent: Ah! on sonne au mort.

Pendant ce temps le soleil, qui a triomphé des nuages, donne à tout la couleur de la joie et de la vie, comme un regard d'amour et de bonté que Dieu laisse tomber sur la terre.

Les fleurs, épanouies comme une brillante illumination, semblent aspirer le soleil. Les insectes se cherchent sous les feuilles; les abeilles bourdonnent; les oiseaux chantent; de douces odeurs s'exhalent de toutes parts.

Et la cloche funèbre continue à tinter, et l'on porte au cimetière cette belle fille qui aimait tant les fleurs, le soleil, les parfums, le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux; cette belle fille qui a planté tous ces rosiers; cette belle fille qui a soigné ces abeilles.

On la porte au cimetière, et au fond du trou qu'on va creuser dans la terre pour l'enterrer, un rayon de soleil descend et dore la fosse, et deux papillons se poursuivent au-dessus, et dans quelques mois l'herbe aura caché la tombe, l'oubli aura étouffé le souvenir; des fleurs s'épanouiront sur cette tombe, dans les corolles de ces fleurs se cacheront des amours d'insectes; le sourire renaîtra sur les lèvres de celui qu'elle aimait, et un autre amour s'épanouira dans son cœur, et il en parlera à une autre femme; sous ces mêmes arbres, le même rayon de soleil se jouera dans les cheveux de celle-ci, les mêmes parfums, les mêmes chants d'oiseaux rempliront l'air; et peut-être il lui donnera une rose d'un des rosiers que la morte a plantés.

Vale.

LETTRE XLVI.

Comme il est venu hier me voir un homme que j'ai beaucoup connu lorsque j'habitais la ville, nous parlâmes de nos goûts divers et des choses qui occupent notre vie.