—Sont-ce des tableaux de maîtres?

—Je le suppose; car je n'en ai jamais vu de plus beaux, de plus grands dans leur ensemble, de plus finis dans leurs détails.

—Nous verrons cela.

—Oh! mon Dieu! je ne les cache à personne. Je ne suis pas de ces amateurs égoïstes qui trouvent moins de plaisir dans la possession de leurs tableaux que dans la conviction que les autres n'en ont pas ou n'ont pas les mêmes.

—Votre collection vous a-t-elle coûté cher?

—Je l'ai eue pour rien.

—Pour rien! On connaît cela. Les amateurs de tableaux se divisent en deux classes: ceux de la première ont dépensé des millions pour leur galerie; ceux de la seconde, au contraire, les ont toujours eus pour rien. Leur prétention est de les avoir découverts à l'étalage de quelques marchands d'images, ou en trumeaux sur la cheminée de quelque auberge de village, ou en même temps qu'un lot de vieilles bouteilles. Vous êtes de la seconde classe.

—Croyez là-dessus ce que vous voudrez.

—Mais enfin de qui sont vos meilleurs tableaux?

—Oh! pour cela, il m'est impossible de vous le dire: je n'ai en aucune façon la mémoire des noms. Et, à vous parler franchement, cela m'est bien égal. J'aimerais mieux un beau tableau peint par mon portier, qu'une croûte ébauchée par Raphaël. Et ce qu'il y a de singulier, c'est que cette opinion, digne par sa naïveté d'être mise au rang des maximes et pensées de M. de La Palisse, passerait facilement pour une originalité et une bizarrerie. Je ne cherche dans la peinture que le vrai et le beau.