—Très-connu; c'est de Rubens.

—Vous croyez?

—J'en suis sûr; mais vous me permettrez d'être moins sûr d'une chose.

—Volontiers: et quelle est la chose dont vous êtes moins sûr?

—C'est que ce tableau vous appartienne.

—Je ne dis pas précisément qu'il m'appartienne; mais ce que je dis, c'est que je l'ai vu chez moi ce matin.

—Tenez, mon cher ami, permettez-moi de vous parler franchement. Il y a une chose que je crains pour vous; c'est que vous soyez la dupe de quelque brocanteur, de quelque marchand de tableaux, qui se sera joué de vous et vous aura fait payer fort cher de mauvaises croûtes.

—Gardez pour d'autres ce touchant intérêt, mon ami; je vous assure que les tableaux dont je vous parle sont tout ce qu'il y a de plus beau, et je n'en ai vu, dans aucune galerie, qui puissent rivaliser avec les miens, ni pour la vérité, ni pour le dessin, ni pour la couleur.

—Je suis accoutumé à entendre chaque amateur, fût-il le maître de trois copies médiocres et de cinq ou six esquisses non signées, chercher à se faire croire à lui-même qu'il possède des miracles. Mais, on peut vous dire cela à vous, parce que non-seulement vous n'avez pas la prétention d'être riche, mais encore vous avez un peu la prétention de ne l'être pas. Eh bien, je connais la valeur des tableaux que vous m'avez désignés, et je vous déclare que, si vous les possédez réellement, si, comme vous me le dites, ce n'est là qu'une faible partie de votre collection, si vous ne vous êtes pas amusé à vous moquer de moi...

Combien avez-vous de tableaux?