Je vais autour de l'endroit que j'habite me promener dans les coins les plus sauvages et les plus abandonnés. Là, après avoir convenablement préparé quelques pouces de terre, je jette quelques graines de mes plantes les plus riches, qui se resèment d'elles-mêmes, se perpétuent et se multiplient. Déjà, tandis qu'aux alentours les champs n'ont que le coquelicot écarlate, les promeneurs doivent voir avec surprise dans certains coins sauvages de notre petit pays, les plus beaux coquelicots doubles, blancs, roses, rouges, bordés de blanc, etc.

Et les plus splendides pavots, violets, blancs, lilas, écarlates, blancs bordés d'écarlate, etc.

Au pied d'un arbre isolé, au lieu du liseron à fleurs blanches des champs, on trouve parfois les volubilis bleus, violets, roses, blancs rayés de rouge et de violet, etc.

Des pois de senteur attachent leurs vrilles aux buissons, et les couvrent de leurs papillons, blancs et roses, ou blancs ou violets.

Dans une haie, c'est pour moi un plaisir ravissant de greffer sur l'églantier sauvage, à fleurs roses ou blanchâtres, tantôt des roses simples, d'un jaune d'or magnifique, puis des grandes roses de provins rouges ou panachées de rouge et de blanc.

Les ruisseaux qui nous environnent ne produisent pas sur leurs rives de ces wergiss-meinnicht, aux fleurs bleues, dont est couvert le ruisseau de mon jardin; j'en ramasse les graines pour les semer dehors.

J'ai remarqué dans un bois voisin, de jeunes coignassiers sauvages sur lesquels je me propose de greffer l'année prochaine les meilleures espèces de poires.

Puis je jouis tout seul et d'avance, des plaisirs et de la surprise qu'éprouvera le rêveur solitaire qui rencontrera dans ses promenades ces belles fleurs ou ces fruits savoureux.

Cela fera quelque jour imprimer un système saugrenu à quelque savant botaniste, qui ira herboriser par là dans cent ans d'ici, longtemps après ma mort. Toutes ces belles fleurs seront devenues communes dans le pays, et lui donneront un aspect tout particulier, et peut-être le hasard et le vent jetteront quelques-unes de leurs graines au milieu de l'herbe qui couvrira ma tombe délaissée.

Vale.