LETTRE XLIX.
L'HERBE AU CHANTRE, RACINE, BOILEAU, LES SORCIERS, PLINE, HOMÈRE ET L'AIL JAUNE.
Voici une plante qui a eu l'honneur d'être l'objet d'une correspondance entre Racine et Boileau. Les jardiniers l'appellent julienne jaune; les horticulteurs, velar de Sainte-Barbe; les savants, erysimum barbarea; les bonnes femmes, herbe au chantre.
Elle élève, d'un bouquet de feuilles faites en forme de lyre, une tige surmontée d'un thyrse de fleurs jaunes.
On croyait autrefois, et encore sous Louis XIV, que cette herbe au chantre était, du moins dans une de ses variétés, souveraine contre les extinctions de voix.
On trouve dans la correspondance de Racine et de Boileau deux lettres, dans lesquelles Racine conseille le sirop d'erysimum à Boileau, qui est allé aux eaux de Bourbonne pour se faire guérir d'une extinction de voix. Boileau répond qu'il a de son côté reçu à l'endroit de l'erysimum les meilleurs renseignements, et qu'il compte en faire usage l'été suivant.
C'est une plante médiocrement agréable dans les jardins, et qui, relativement à la toux, la guérit comme n'importe quelle herbe, dont on boirait une infusion jusqu'à ce que la toux se passât d'elle-même.
Pendant bien longtemps on a attribué aux plantes des vertus merveilleuses exploitées par les médecins et les apothicaires durant plusieurs siècles, vertus fondées sur des analogies, des ressemblances ou des dissemblances.
On se servait de la scabieuse pour les maux d'yeux, parce que la scabieuse a un peu la forme d'un œil; de telle autre plante pour le foie; de telle autre pour le cœur, à cause de la figure de leur feuillage.