Je dois cependant dire aux savants que, grâce à leur austérité et à leur dignité, les gens même instruits trouvent trop élevé le premier échelon d'une science spéciale, se découragent et n'essayent pas de s'y élever.

Tandis qu'un ignorant, comme moi, qui a vu des savants et qui a gardé précieusement tout le peu de miettes qu'ils ont bien voulu laisser tomber devant lui, va chercher les gens dans leur ignorance, dont il sait et ne dédaigne pas trop le langage, et les amène au pied de votre échelle; le reste vous regarde.

Ce voyage autour de mon jardin, si je le publiais, ferait plus pour la vulgarisation de l'entomologie et de la botanique que les plus gros et les meilleurs livres compilés par les érudits.

La science est une île escarpée, hérissée d'un peu plus de rochers qu'il n'est nécessaire, et auxquels chaque savant se fait un plaisir et un devoir d'ajouter quelques aspérités. Je passe les gens dans une légère nacelle; je les transporte de l'autre rive aux bords de votre île, c'est à vous ensuite à leur tendre la main, s'il est vrai que vous teniez à peupler votre île, ce dont il m'arrive quelquefois de douter, quand je regarde de quelle manière vous en rendez chaque jour les abords plus difficiles.

Vale.

LETTRE LVIII.

Voici un rosier jaune qui me rappelle une histoire: