Mais j'étais amoureux.
Pour rien au monde je ne me serais avisé d'en dire un mot à mon père; sa seule réponse à cette confidence eût été l'ordre de partir le soir même.
Mais j'avais un oncle.
Quel oncle!
C'était un homme qui avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui; mais il était resté jeune, non pas pour lui, car jamais vieillard ne renonça de meilleure grâce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, mais pour les autres. Il aimait les jeunes gens, il les comprenait, sans être jaloux d'eux. Il ne croyait pas que ses infirmités fussent un progrès, ni la vieillesse nécessairement la sagesse. A force de bonté et de raison, il vivait du bonheur des autres. On le trouvait mêlé à toutes ces généreuses folies, à toutes ces nobles sottises de la jeunesse; il était confident et protecteur de toutes les amours, de toutes les dettes, de toutes les espérances.
J'allai le trouver et je lui dis:—Mon oncle, je suis bien malheureux.
—Je parie vingt louis que non, me dit-il.
—Ah! mon oncle, ne plaisantez pas. D'ailleurs vous perdriez.
—Si je perds je paierai; cela servira peut-être à te consoler.
—Non, mon oncle; l'argent n'est pour rien dans mon chagrin.