Pour ce qui est des noms de fleurs, voyez au pied d'un mur ces touffes de réséda.
Linnée, qui a fait sa part de barbarismes, mais qui a regardé les fleurs en ami, et qui, de tous les savants, est celui qui les a le moins maltraitées, Linnée disait que l'odeur du réséda était l'ambroisie. Hâtez-vous de regarder ses épis verts et fauves, de respirer son odeur suave; voici un savant, voici deux savants. Le réséda va se transformer.
D'abord, il n'y a plus d'odeur. Les botanistes n'admettent pas d'odeur. Pour eux, l'odeur ne signifie rien, pas plus que la couleur.
La couleur et l'odeur sont deux luxes, deux superfluités que les savants ont enlevées aux fleurs. Dieu les avait données aux fleurs, mais on sait la prodigalité de Dieu, si les savants n'y mettaient bon ordre, où en serions-nous?
Les savants veulent que toutes les fleurs ressemblent à celles qu'ils dessèchent dans leurs herbiers, horrible cimetière où les fleurs sont enterrées avec des épitaphes prétentieuses. L'un des savants regarde la plante et vous dit:
«C'est un câprier de la famille des capparidées, sans stipules. Les pétales de la corolle alternent avec les sépales du calice, les filaments sont hypogyne, le pistil est stipité et formé de la réunion de trois carpelles, les ovules attachées à trois trophospermes, ses graines sont souvent réniformes et ont un endosperme.»
—Tout beau, s'écrie l'autre savant, le réséda n'est point un câprier. Le réséda est une éphorbiacée, selon M. Lindley, et une cistée, suivant moi. Le calice est un involucre commun, l'ovaire globuleux, rarement uniloculaire, les graines sont roulées dans un endosperme charnu.»
—Je reconnais l'endosperme, réplique le premier savant, et j'avoue qu'il est charnu, mais je maintiens le réséda dans les capparidées. Je dirai plus, il faut n'avoir aucune teinture de botanique pour en faire une éphorbiacée.»
Arrêtons-nous, nous ferions du tort au réséda.