Le coudrier rappelle quatre jolis vers de Virgile.
| Populus Alcidæ gratissima, vitis Iaccho, |
| Formosæ myrtus Veneri, sua laurea Phœbo, |
| Phyllis amat corylos, illos dùm Phyllis amabit; |
| Nec myrtus vincet corylos nec laurea Phœbi. |
«Hercule aime le peuplier et Bacchus les pampres de la vigne, le myrthe est consacré a Vénus, et le laurier est chéri d'Apollon. Mais Phyllis aime les coudriers, et tant qu'elle les aimera, les coudriers l'emporteront et sur les myrthes de Vénus et sur les lauriers d'Apollon.»
On a attribué longtemps, et on attribue encore dans les campagnes éloignées, de grandes vertus à une branche de coudrier; on prétend qu'une baguette de noisetier, coupée en certain temps, avec certaines cérémonies et dans la main d'un homme purifié de certaines façons, s'incline d'elle-même sur la partie de la terre qui renferme ou une mine ou une source. Quelque loin de moi que vous soyez, vous ne trouverez pas de plus singulière croyance.
Sur le noisetier, comme sur les arbres qui l'entourent, je vois d'innombrables quantités d'insectes sans compter ceux qui par leur ténuité échappent à ma vue; il y en a sur les feuilles, il y en a sous les feuilles, il y en a dans les feuilles, c'est-à-dire dans l'épaisseur des feuilles.
Entre les deux membranes des feuilles du noisetier, de petites chenilles vivent, mangent, prennent tout leur accroissement et se filent une petite coque un peu plus grosse qu'un grain de millet. Presque tous les arbres, presque toutes les plantes ont des insectes qui vivent ainsi dans l'intérieur de leurs feuilles. Un ver qui mine les feuilles du bouillon blanc (molène), en sort un jour métamorphosé en un petit scarabée blanchâtre, en forme de charançon; celui qui s'échappe de l'épaisseur des feuilles de la mauve, après y avoir vécu et s'y être métamorphosé, est de couleur violette; un autre ver se nourrit du parenchyme entre les deux membranes des feuilles de la jusquiame qui est un violent poison, et en sort transformé en mouche.
Revenons à la chenille qui habite les feuilles du noisetier. Un petit papillon a pondu chacun de ses œufs sur une feuille différente de noisetier: il sort de l'œuf une chenille qui, armée de bonnes dents, fait à l'épiderme de la feuille une blessure par laquelle elle s'introduit dans son épaisseur; là elle avance en mangeant devant elle, à droite et à gauche; il reste si peu de la feuille qu'en la regardant devant le soleil on distingue parfaitement la mineuse. Quand elle est arrivée à son point d'accroissement, elle s'enferme dans une coque de soie dont il sort plus tard un papillon; placé, je crois, par les naturalistes dans la classe des phalènes, ce papillon, plus petit qu'une mouche ordinaire, se montre, vu à loupe, le plus richement vêtu peut-être de tous les papillons connus; sa tête est ornée de deux petites houppes blanches, ses deux ailes supérieures sont rayées chacune de sept petites bandes, alternativement, d'or et d'argent.
Toutes les espèces ne voyagent pas dans leur feuille de la même manière; le ver qui vit dans les feuilles de ronces ne mange que devant lui; aussi son chemin a-t-il l'air d'une galerie très-étroite au commencement, et s'élargissant à mesure que l'insecte a pris lui-même du développement.
Les vers des feuilles de lilas vivent en société dans la même feuille.
Quelques-uns des fruits du noisetier, malgré leur cuirasse de bois, sont habités aussi bien que les feuilles; la fleur n'est pas encore flétrie qu'un insecte vient déposer sur elle un de ses œufs; le ver qui sort de l'œuf s'introduit facilement dans le fruit à peine formé et tout à fait mou: là il se nourrit de l'amende qui grossit à mesure qu'il grossit, qui croît à mesure qu'il la mange: mais en même temps, la coque se forme et durcit au point de braver parfois la dent de l'homme. Cet eldorado, où le ver, à l'abri de l'intempérie des saisons, avait à discrétion la nourriture qui lui convient, est devenu une prison: il faut qu'il en sorte, car c'est dans la terre qu'il doit se métamorphoser: la nature lui a donné, à l'âge qu'il a alors, des dents qui lui permettent de faire aux murailles de sa prison un trou exactement rond par lequel il s'en va. Quand vous voyez une noisette avec un trou ainsi fait, c'est que le ver qui l'habitait en est déjà sorti ou est prêt d'en sortir: le trou par lequel il est entré est cicatrisé depuis longtemps.