Voilà, mon cher ami, une lettre qui me semble bien ennuyeuse pour ceux auxquels la nature n'a pas donné à l'endroit des couleurs une susceptibilité égale à la mienne.

LETTRE XIII.
SUR LE VENTRE.

Gravissez des montagnes, mon cher ami, passez des torrents, descendez au fond des précipices, faites-vous traîner par des chevaux, des ânes, des mulets, des rennes, par des chameaux ou des chiens, selon le pays où vous êtes. Me voici revenu sous mon chêne, encore couché dans l'herbe, mais, cette fois, étendu sur le ventre et le visage à quelques pouces de terre, peut-être serai-je aussi heureux que vous dans notre ardeur commune de voir du nouveau.

Après quelque temps, qu'on regarde attentivement et de près les petites choses, on perd graduellement le sentiment des dimensions; cette mousse verte me semble des arbres et les insectes qui errent sur son velours prennent à mes yeux autant d'importance que des cerfs ou des chevreuils dans une forêt.

La mousse est intéressante à plus d'un égard; outre le charme de sa couleur chatoyante, c'est un agent très important de la nature. Le grand ouvrier qui a construit notre demeure, y a établi les choses de telle sorte que tout vit, meurt et se renouvelle de soi-même, et qu'il semble qu'il ait tout arrangé de façon à ne plus avoir à s'en occuper jamais. La vie et la mort des végétaux, comme la vie et la mort des hommes ne sont que des transitions; la mort est l'engrais de la vie; une chose ne périt pas pour ne plus être, mais pour qu'une autre puisse être à son tour, et, quand un certain cercle est rempli, la dernière production de ce cercle meurt à son tour pour faire revivre la première. Voyez une roche nue, elle se couvre d'abord de taches jaunes arrondies; ces taches sont déjà une végétation.

Des moisissures de tous genres pour lesquelles nous avons une grande répugnance, offrent à l'œil armé d'une loupe de charmantes végétations, de petites forêts qui ont leurs animaux particuliers.