«On veut te marier, ce bonheur qu'un autre te promet je te le donnerai. Veux-tu de la richesse, de l'or, j'en aurai, parle, que veux-tu? il n'est rien qui soit au-dessus de mes forces. Veux-tu un palais de marbre et de l'or à le fouler aux pieds! veux-tu des honneurs? veux-tu être reine? Magdeleine, tout est à toi! tout ce qu'il y a dans le monde, car, je le sens, personne ne pourra me disputer ce qu'il me faudra atteindre pour te conquérir. Attends un an, attends un mois, attends un jour, et je te donnerai une couronne...»
Et j'étais vrai, je sentais que j'en avais la puissance. Et un autre jour, qu'elle m'avait dit qu'elle m'aimait, je sortis de chez elle si grand, que je me baissais de peur de décrocher quelque étoile ou d'y brûler mes cheveux, et j'évitais de choquer les passants, dans la crainte de les briser en éclats comme du verre.
Les fleurs commencèrent à me parler: La rose blanche n'avait pour les autres que des parfums; pour moi, elle avait des paroles qu'elle répétait à mon cœur; le chèvrefeuille avait pour mes lèvres de douces caresses, et exhalait pour moi seul, non pas son parfum ordinaire, mais l'odeur de l'haleine de celle que j'aimais. Le vent avait aussi des voix douces et mystérieuses.
Puis tout à coup, je ne sais quel méchant enchanteur se vint jeter au milieu de tous ces miracles. Magdeleine devint une femme comme toutes les autres, moi je fus changé en je ne sais quel animal stupide. Les fleurs ne furent plus que des fleurs pour moi comme pour les autres. Le vent dans les cimes des arbres ne me dit plus rien. Le chèvrefeuille n'eut plus que son odeur que respire tout le monde. Depuis, je n'ai plus trouvé de merveilles en moi; mes premières années, comme des mères prodigues, avait ruiné et déshérité les dernières.
Mais je me suis fait spectateur dans la vie, et j'ai regardé.
Alors en voyant les autres, j'ai vu que j'avais fleuri comme fleurissent les fleurs, que mon âme s'était épanouie, et avait exhalé son parfum qui est l'amour; puis ma riche corolle s'est séchée et est tombée; que cela devait être ainsi, que j'avais fini mon rôle et que j'avais pris le bon parti, en m'asseyant le moins mal possible pour regarder les autres hommes.
Et j'en vins à l'observation de la nature, et je me retrouvai dans toutes les merveilles de mes chers contes de fées, et j'en vins à me rappeler le grain de millet et la fameuse pièce de toile, et je me dis: Eh bien! qu'est-ce que cela a donc d'extraordinaire!
En effet, voici une petite graine bien plus petite que celle du millet, voici une graine d'œnothère; mettez-la dans la terre, il en sortira une grande et belle plante avec des feuilles et des fleurs et une ravissante odeur, puis cinq ou six cents graines d'où sortiront cinq ou six cents plantes. Cette seule petite graine contient pour toujours des générations infinies de plantes semblables avec leurs feuilles, leurs fleurs et leurs parfums.
Vous la mettez en terre aujourd'hui: eh bien! tous les hommes qui couvrent le globe seront morts, qu'il continuera à sortir d'elle d'autres fleurs et d'autres graines qui engendreront d'autres fleurs.
Où est maintenant votre mauvais miracle et vos malheureuses vingt aunes de toiles?