Sur l'eau s'étendent de larges feuilles rondes et luisantes, d'un vert sérieux; sur ces feuilles s'épanouissent de belles roses blanches doubles; c'est le nénufar; c'est le lis des étangs. On le voit tenir ses feuilles roulées sous l'eau pendant tout le temps qu'il y a du froid à craindre; mais aussitôt que la belle saison est assurée, il allonge les pétioles de ses feuilles, et elles viennent s'étaler sur la surface de l'eau; les fleurs ne tardent pas à sortir de l'eau en bouton et à s'épanouir; le soir, elles replient leurs pétales et reprennent la forme de boutons. Quand la fleur est fécondée, quand elle a passé le temps des amours, elle n'a plus besoin d'air ni de soleil, elle redescend sous l'eau, et ne remonte plus à la surface; c'est là que se forme et que mûrit le fruit, c'est là que les graines qu'il contient seront semées dans la terre du fond de la mare.
Dans un autre coin est le nénufar à fleurs jaunes, dont la fleur est simple, mais dont les mœurs sont exactement les mêmes.
On a beaucoup parlé des qualités du nénufar; les apothicaires ont longtemps fait avec ses racines un électuaire de chasteté fort en réputation. Les moines et les religieuses en font usage dans les couvents. Cependant cette vertu est plus que douteuse, depuis qu'on a remarqué que les paysans de certaine partie de la Suède considèrent la racine du nénufar comme alimentaire, et la font entrer dans la composition de leur pain..... Or, il y a encore des Suédois, et il en naît tous les jours.
Il est une autre plante qui vit également dans les eaux, mais qui n'est pas dans nos jardins; c'est la vallisnère. Elle n'a pas, comme le nénufar, l'amante et l'amant réunis dans la même corolle; ils sont sur des fleurs différentes, comme nous l'avons déjà vu à l'égard d'autres plantes; mais ici la séparation paraît plus cruelle et plus invincible; les fleurs femelles sont placées sur un long pédoncule en spirale, au moyen duquel elles viennent s'épanouir comme celles des nénufars à la surface de l'eau, tandis que les fleurs mâles sont retenues au fond et à une grande profondeur par un pédoncule très court. Mais, à un moment donné, la fleur mâle se détache, monte libre à la surface, prodigue ses caresses aux amantes qui l'attendent et se laisse entraîner par le courant. La fleur femelle fécondée redescend sous l'eau, et va y mûrir et semer le fruit de ses amours.
Ici l'oponogeton dystachion, fleur blanche à étamines noires, exhale une douce odeur de vanille de sa corolle qui a l'air d'un coquillage; tandis que le menyanthe qui l'avoisine semble fait de plumes blanches, et que le pontederia cordata élève fort au-dessus de l'eau ses larges feuilles et ses épis bleus.
Quittons un moment le bord de ma mare pour aller chercher dans quelque autre coin du jardin le cyclamen qui a pour ses graines des soins analogues à ceux du nénufar et de la vallisnère. Sa racine est un gros tubercule informe, duquel sortent d'abord des feuilles qui ont la consistance et un peu la forme de celles de certains lierres, mais qui sont agréablement panachées de blanc et de vert clair. Ces feuilles forment un cercle à plusieurs rangs, en laissant au milieu d'elles un espace circulaire où la terre est nue; de cet espace s'élèvent plus tard des boutons de fleurs sur des pédoncules roulés en spirale en forme de tire-bouchons, qui se détendent graduellement et portent à quelques pouces d'élévation des fleurs blanches ou d'un violet rose, dont le centre est incliné vers la terre, et l'extrémité inférieure des pétales dressée en l'air. Quand la fleur est flétrie, quand les pétales sont desséchés, il ne reste plus qu'un ovaire grossi par la fécondation, une petite capsule d'un vert rougeâtre, qui renferme les graines. Le cyclamen n'a pas dans l'air la même confiance qu'ont les autres plantes, il resserre sa spirale, et ramène sa capsule dans la terre où les graines mûriront et se trouveront toutes semées.
Loin de là, nous avons vu les scorsonères, les léontodons livrer au vent leurs graines couronnées d'une aigrette en forme de plume. La plupart des plantes laissent tomber les leurs à leurs pieds. La balsamine lance les siennes au loin. Vous connaissez la balsamine, ses fleurs rouges ou blanches, couleur de chair ou violettes, ou panachées de blanc ou de violet, ou de blanc et de rouge; lorsque ses graines sont mûres, elle fend d'elle-même la capsule qui les contient et les lance à quelques pas d'elle; elles s'échappent ainsi, le plus souvent, sous la main du jardinier qui veut les recueillir.
Vale.