Cependant, avant d’écrire ainsi, Hippolyte avait postulé dix-huit mois inutilement. Il avait alors beaucoup de temps à lui, et, comme il éprouvait déjà un vague désir de poésie, il composa secrètement une pièce de vers, qu’il envoya, secrètement aussi, à un Journal de Brest. La pièce péchait par la forme, mais le rédacteur, homme d’esprit et de conscience, vit dans ce premier coup d’essai comme la lueur d’un talent futur. Il invita donc l’auteur à venir le voir pour causer de sa pièce. Le jeune homme fut enchanté. La réception fut toute bienveillante. La pièce en question dénotait les dispositions les plus heureuses; la nature avait traité Hippolyte en véritable privilégié, mais..... fatal mais! il s’y trouvait des fautes énormes contre la prosodie, voire même probablement des fautes d’orthographe, et, pourtant, l’homme de l’art encourageait l’enfant de la nature; il fallait travailler..... tout le monde peut travailler... et bientôt Hippolyte, rompant les entraves qui s’opposaient à l’essor de son génie, planerait triomphant. En termes plus simples, le rédacteur donna des encouragements à Hippolyte, qui se retira désespéré. Était-ce amour-propre d’auteur froissé? Peut-être bien un peu; mais lui, moins que mille autres, devait souffrir de cette faiblesse; car les observations du rédacteur le blessaient surtout en vue de sa famille. Tant de rêves décevants évanouis! tant de châteaux en Espagne renversés! Lui qui voulait surprendre sa mère et ses sœurs par un grand succès littéraire! Et quand on parvient par son talent à forcer la considération publique, on ne cherche plus une place avec une constance si malheureuse! Les rôles changent..... le protecteur s’empresse d’aller au devant du solliciteur, et la fortune, cette déesse sauvage et insaisissable pour le malheureux, vient au devant de vous, le visage épanoui, la parole caressante! La porte d’airain de son temple se brise et l’élu de la poésie devient l’heureux du jour... O rêves, rêves, rêves!!! Tombé du haut de ces illusions fortunées, le pauvre Hippolyte se sent à peine la force de marcher... Il entre timidement dans une église, et, se jetant à genoux, il soulage son cœur oppressé en répandant un torrent de larmes.

Pour la première fois de sa vie, il en coûtait au malheureux Hippolyte de revenir sous le toit de sa famille. Quand il rentra, ses sœurs remarquèrent sa pâleur, ses yeux gonflés, son émotion mal déguisée. Qu’était-il arrivé? Il fallut bien des détours ingénieux, bien des instances de tendresse pour arracher le trait de son cœur encore saignant. Mais il y avait de l’argent à la maison; vingt francs destinés depuis longtemps à des emplettes utiles. Ces excellentes sœurs ne pensent qu’à une chose, au chagrin de leur frère, et, dans un même élan de tendresse, elles lui dirent: «Nous nous passerons de ce que nous voulions acheter; prends notre argent, et fais-toi donner des leçons.» O vertu du pauvre, ô plaisirs de l’âme, voilà de vos moments!

Ces vingt francs payèrent, en effet, trois mois de leçons. C’est donc à ces vingt francs de ses sœurs bien aimées qu’il dut l’instruction nécessaire de la forme; le reste il le doit à Dieu et à l’amitié.

Le premier recueil de poésies d’Hippolyte Violeau parut en 1841 sous le titre simple de Loisirs. Ce fut un heureux début: sans protecteurs, sans amis, sans annonces, ce livre, dédié à la sainte Vierge, s’écoula rapidement. Encouragé par ce succès, Hippolyte concourut aux jeux floraux de 1842, et obtint une violette d’or. Sa réputation s’étendait: émue de la gloire d’un de ses enfants, la ville de Brest lui fit présent d’une boîte contenant mille francs en or et de quelques livres. Hippolyte dédia son second recueil de poésies à cette ville bienveillante et éclairée, qui, par ce noble procédé, donnait un touchant exemple.

Parmi les suffrages qui durent lui être plus particulièrement chers, nous placerons en première ligne ceux de l’évêque de Quimper et de l’archevêque de Lyon, qui tous les deux écrivirent gracieusement à l’auteur, après la réception de son livre. Voici la lettre de ce dernier prélat:

Archevêché de Lyon.

C’est avec une vive reconnaissance, Monsieur, que j’ai reçu l’ouvrage que vous avez bien voulu m’envoyer. Ce souvenir de votre part m’a fait d’autant plus de plaisir que j’avais lu avec admiration les vers qui ont été publiés de vous dans plusieurs journaux. Vous avez eu une heureuse idée de les réunir en un volume. Il ne faut pas que les choses saintes soient profanées par tant de choses païennes que propagent les feuilles publiques. Vos inspirations sont trop célestes pour les mêler aux publications si terrestres de tous les jours.

Je voudrais bien que quelque circonstance vous amenât dans nos contrées; ce serait pour moi une grande consolation de faire votre connaissance.

Si vous avez la permission de publier la lettre de votre évêque en tête de vos Loisirs, je vous autorise aussi à y joindre la mienne. Je fais des vœux pour qu’elle puisse vous être utile. Je suis persuadé que les supérieurs des petits séminaires s’empresseront de donner votre ouvrage en prix à leurs élèves, surtout après les sages précautions que vous avez prises.

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mon sincère dévouement.