Sauve-toi, ma petite amie;
Pars si tu n’es pas endormie;
Va, profite de la saison:
Demain il se peut que l’orage
T’empêche d’aller à l’ouvrage
Et te retienne à la maison.
C’est bien; tu comprends mes paroles;
Dans les airs maintenant tu voles,
Et tu me dois la clé des champs.
Oh! combien je voudrais te suivre!
Ici le sort me force à vivre
Loin de mes goûts, de mes penchants.
Quelles images gracieuses! quelle douceur de sentiments! quelle résignation touchante dans cette allocution poétique!
Son talent se montre sous un autre aspect dans la réponse qu’il fait à une pièce de vers anonyme se terminant ainsi:
Magu d’un S au bout doit reprendre l’usage;
Personne, j’en réponds, n’y mettra son veto;
Quand on en a le nom et quand on est un sage,
Pourquoi garder l’incognito?
RÉPONSE DE MAGU.
Que vois-je sur ma cheminée!
Dieu! mes yeux sont-ils bien ouverts?
Un papier où ma destinée
Se dévoile et grandit, ô prophétiques vers!
Je m’appelle Magu; je suis grand, je suis sage;
Je suis un être surhumain.
A mes rares vertus chacun doit rendre hommage,
Un S me manquait, je la prends, je suis mage,
Comme l’écrit une invisible main.
A genoux, peuples de la terre.
Vite, dressez-moi des autels;
De mes pieds baisez la poussière;
Je suis le plus grand des mortels.
Et ne me jugez pas sur cette sale étoffe,
Qui compose mes vêtements;
Je suis magicien, savant et philosophe,
Et je commande aux éléments.
A genoux, peuples de la terre!
Vite, dressez-moi des autels;
De mes pieds baisez la poussière;
Je suis le plus grand des mortels.