Tout l’enfer est soumis à ma voix formidable:
Je puis, quand il me plaît, évoquer les démons,
Et des lieux les plus bas faire monter le diable
Sur les plus hauts des monts.
Je vis pauvre et content: je n’ai point d’avarice.
Si je voulais, pourtant j’aurais un grand trésor;
Flamel auprès de moi ne serait qu’un novice
Pour fabriquer de l’or.
A genoux, peuples de la terre!
Vite, dressez-moi des autels;
De mes pieds baisez la poussière;
Je suis le plus grand des mortels.
J’escalade les cieux sans ballon et sans ailes,
Sans machine à vapeur, sans aucun appareil;
Et comme, en vous couchant, vous soufflez vos chandelles,
Je puis éteindre le soleil.
Si je pouvais encore ajouter à ma gloire,
Mes bons vers suffiraient pour illustrer mon nom;
Mais, qu’en ai-je besoin? je vivrai dans l’histoire
Plus que Napoléon.
A genoux, peuples de la terre!
Vite, dressez-moi des autels;
De mes pieds baisez la poussière;
Je suis le plus grand des mortels.
ENVOI.
A vos aimables vers j’étais loin de m’attendre;
Je les relis souvent, car ils sont si flatteurs!
Le piége est bien caché; vous avez su le tendre
Sous un monceau de fleurs.
Sage! n’en croyez rien; je suis bien loin de l’être,
Moi, vil jouet des passions;
Je me trompe souvent, même aujourd’hui peut-être
Je me repais d’illusions.
Oui, la grâce à l’esprit unie
De vos stances fait la beauté;
Vous y brillez par le génie,
Mais non pas par la vérité.