Bien que né sous le chaume, Magu n’a-t-il pas ici le ton de l’homme du monde? Ne trouvons-nous pas dans cette ingénieuse composition la fine plaisanterie, l’élégant badinage, l’exquise politesse du bel esprit? Montrons maintenant le sage revenu de tristes déceptions, appréciant les promesses des hommes à leur juste valeur, et, trop philosophe pour se plaindre, ne condamnant que lui-même. Citons cette pièce remarquable, d’un coloris si frais, d’un sentiment si vrai, d’un tour si vif, d’une expression si nette et si précise:

A MA NAVETTE.

Cours devant moi, ma petite navette;
Passe, passe rapidement;
C’est toi qui nourris le poète;
Aussi t’aime-t-il tendrement.

Confiant dans maintes promesses,
Eh quoi! j’ai pu te négliger;
Va, je te rendrai mes caresses;
Tu ne me verras plus changer.

Il le faut, je suspends ma lyre
A la barre de mon métier;
La raison succède au délire;
Je reviens à toi tout entier.

Quel plaisir l’étude nous donne
Que ne puis-je suivre mes goûts!
Mes livres.... je vous abandonne;
Le temps fuit trop vite avec vous.

Assis sur la tendre verdure,
Quand revient la belle saison,
J’aimerais chanter la nature....
Mais puis-je quitter ma prison?

La nature..., livre sublime!
Le sage y puise le bonheur;
L’âme s’y retrempe et s’anime
En s’élevant vers son auteur.

A l’astre qui fait tout renaître
Il faut que je renonce encor;
Jamais à ma triste fenêtre
N’arrivent ces beaux rayons d’or.

Dans ce réduit tranquille et sombre,
Dans cet humide et froid caveau,
Je me résigne comme une ombre
Qui ne peut quitter son tombeau.