Qui m’y soutient? C’est l’espérance,
C’est Dieu; je crois en sa bonté;
Tout fier de mon indépendance,
Je retrouve encor la gaîté.
Non, je ne maudis pas la vie;
Il peut venir des temps meilleurs;
Quelque peu de philosophie
M’en fait supporter les rigueurs.
Tendre amitié, qui me console,
Ne viens-tu pas me visiter?
Mon cœur séduit par ta parole
A l’espoir ne peut renoncer.
Je me soumets à mon étoile,
Après l’orage le beau temps...
Ces vers, que j’écris sur ma toile,
M’ont délassé quelques instants.
Mais vite reprenons l’ouvrage;
L’heure s’enfuit d’un vol léger;
Allons, j’ai promis d’être sage;
Aux vers il ne faut plus songer.
Cours devant moi, ma petite navette;
Passe, passe rapidement;
C’est toi qui nourris le poète,
Aussi t’aime-t-il tendrement.
Ces citations suffisent sans doute pour caractériser le talent d’un homme qui, devant presque tout à la nature, nous offre dans son heureuse organisation un des plus merveilleux phénomènes de la création. On le voit: il est tour à tour simple, naïf, fin, concis, spontané; il ne cherche pas, il éprouve, et il peint avec les premières couleurs venues; couleurs toujours fraîches et pures. Soumises à l’examen de son jugement, ces vivantes traductions de l’impression ou de la pensée ont l’air si libre, si dégagé, si aisé; elles expriment si bien ses sentiments les plus intimes qu’il n’a rien ou presque rien à retrancher, à modifier. De là ce naturel exquis dont sont empreintes toutes ces poésies; de là cette remarquable sobriété d’épithètes, ce laisser aller entraînant, cette grâce originale, cette piquante bonhomie, cette philosophie bienveillante, qui, trouvant des échos naturels dans notre esprit comme dans notre cœur, nous charment, nous séduisent, nous subjuguent et nous attachent à l’excellent poète par les liens indissolubles des plus aimables sympathies.
Le premier volume des poésies de Magu obtint un prompt et brillant succès. Encouragé par de nombreuses souscriptions, par des marques très prononcées de sympathie données par des hommes de toutes les classes, Magu composa de nouvelles pièces de vers pour former un second volume. Cependant, au moment de livrer ce nouveau recueil à l’impression, Magu éprouvait peut-être des craintes plus vives que lorsqu’il mit le pied pour la première fois sur le seuil de la publicité. Si l’attention publique avait été vivement excitée, à l’apparition de ses premières poésies, n’était-il pas naturel qu’elle éprouvât moins de curiosité pour les secondes? n’avait-il pas à redouter les effets de l’envie éveillée par un premier succès? Trouverait-il dans ses critiques les mêmes dispositions indulgentes, surprises peut-être par la situation exceptionnelle de l’auteur? Puis une foule d’autres questions aussi inquiétantes? Et puis, enfin, ne dit-il pas naïvement dans une de ses pièces intitulée A mes amis, qu’il compte sur le mérite du portrait pour aider à la fortune de son livre? et il n’a qu’un portrait!
Mais voici une anecdote qui eut lieu à propos de ce fameux portrait: les amis de Magu lui persuadèrent d’aller à Paris pour cet objet. Un de ses protecteurs lui donna une lettre pour M. Quinzard, attaché à la maison de M. Lemoine, éditeur de musique, rue de l’Échelle. M. Quinzard devait le présenter à un habile dessinateur, M. Menut Alophe. Magu partit bravement avec une petite somme dans sa poche, se demandant, toutefois, si elle suffirait pour payer le portrait. Ce ne fut pas sans un certain embarras qu’il remit à un commis, pour aller la porter à M. Quinzard, la lettre où on lui donnait la qualification de poète. Cet embarras s’accrut tellement que, sans attendre la venue de M. Quinzard, il sortit précipitamment et se mit à courir sans oser regarder derrière lui.
Ce ne fut, pourtant, que partie remise, et, le lendemain, plus résolu, il se présenta de nouveau chez M. Quinzard. Les premiers mots furent des compliments pleins d’effusion sur les deux pièces A ma Navette et le Livre d’Or, qu’on avait lues dans ses prospectus, et on lui apprit ensuite que M. Alophe se chargeait de faire son portrait gratuitement.