J’ai préféré la lyre à cette affreuse ivresse,
Mère du crime et de tant de regrets;
Son venin destructeur attire la vieillesse;
La poésie a plus d’attraits.

Elle adoucit nos maux, elle élève notre âme
Vers le riant séjour de la divinité;
Le cœur qui se réchauffe aux rayons de sa flamme
Comprend bien mieux sa dignité.

J’ai pensé que celui qui pense peut écrire;
Il le ferait du moins s’il consultait son cœur;
Le mien seul m’inspira quand j’ai saisi ma lyre,
Dans la joie ou dans la douleur.

Mon langage des champs à tous ne pourra plaire;
Que l’indulgence, au moins, encourage ma voix;
Je n’ai cherché jamais à sortir de ma sphère;
De mon instinct je suis les lois.

Aujourd’hui j’en reçois la douce récompense;
Admis dans cette enceinte où siége le savoir,
J’ose m’y présenter, même avec confiance,
Surpris, mais heureux de m’y voir.

Lizy-sur-Ourcq, 7 juin 1840.

Un membre nouvellement admis dans la Société, un riche négociant de la rue des Lombards, à Paris, M. Ménier, propriétaire d’une grande usine dans le département de Seine-et-Marne, assistait à cette séance avec les dispositions les plus bienveillantes pour le poète. Il emporta à Paris le premier volume des œuvres de Magu; peu de jours après, il écrivit pour en avoir cinquante exemplaires, puis cent, et, enfin, ses demandes successives finirent par s’élever à six cents volumes; demandes faites par un généreux citoyen, non pas seulement au poète naïf et spirituel, mais au tisserand assidu, laborieux, à l’excellent époux, au tendre père, au chrétien résigné surtout, qui supporta longtemps, avec une constance muette, les souffrances physiques et la gêne;—à l’homme modéré qui ne demandait, dans ses vers, pour le bonheur de sa famille, que un franc par jour, la maisonnette héréditaire passée en d’autres mains et le petit jardin; demandes faites aussi pour proposer à l’imitation de la classe ouvrière les enseignements précieux offerts par le caractère et les vertus privées de Magu, pauvre tisserand. Le nom de M. Ménier est donc aujourd’hui inséparable de celui de Magu, et les ouvriers éclairés de nos jours savent la différence qui existe entre le fastueux Mécène de cour et le modeste Mécène de l’atelier.

Faut-il dire, après cela, que les craintes de Magu pour la publication de son second volume de poésies étaient toutes chimériques? Tout le monde le sait ou s’en doute. Soyons du moins prophète, à coup sûr, en prédisant le même succès à toutes les poésies futures de cet esprit si fin allié à une si charmante bonhomie.