Parmi les poètes du peuple qui figurent dans ce recueil, il n’en est aucun, peut-être, qui ait soulevé plus de sympathies que le tisserand de Lizy. Nous pourrions citer un grand nombre de ses patrons, de ses admirateurs, de ses amis, mais leurs noms ont déjà figuré dans la liste de souscription placée en tête de son premier volume de poésies. Nous croyons pourtant ne pas devoir passer sous silence un procédé honorable dont usa envers lui la société d’agriculture, sciences et arts de Meaux. Cette société distribue chaque année, en séance, des médailles rémunératives; elle décida qu’une de ces médailles lui serait décernée. Ce fut pour cette solennité que Magu composa les vers suivants qui furent lus par M. Viellot, président du tribunal civil de Meaux, et président de la Société d’agriculture, aux applaudissements répétés de douze cents personnes, les plus notables par leur position sociale et leurs lumières:

L’école du malheur n’est pas la plus mauvaise;
A force de souffrir on devient patient;
Le pauvre qui gémit bien promptement s’apaise,
S’il voit l’avenir plus riant.

Il est content s’il peut réparer sa chaumière,
Si son travail suffit pour nourrir ses enfants;
S’il s’en voit respecté, s’ils aiment bien leur mère,
S’ils sont soumis et caressants.

Non, ne le plaignez pas; il est heureux, il aime;
Il est aimé de ceux qui sont autour de lui!
Riches du jour, pour vous cet homme est un problème;
Si ses plaisirs sont courts, ils sont exempts d’ennui.

Il n’éprouve jamais ce dégoût de la vie,
Qui germe dans le cœur de l’homme ambitieux;
Et vivre en travaillant, voilà sa seule envie;
Ce qu’il faut pour le rendre heureux.

Et cet homme, c’est moi: de peu je me contente;
Je sais utiliser mes heures de loisirs;
De mon goût favori j’aime à suivre la pente;
L’étude fait tous mes plaisirs.

Quand le printemps renaît, j’aime atteindre la cime
Du côteau dominant ces arbres élevés,
Et, là, jouir en paix du spectacle sublime
De nos champs si bien cultivés.

J’admire ces présents que promet la nature,
Fruits de rudes travaux qu’on doit encourager.
O le premier des arts, ô riche agriculture,
Honneur au souverain qui sait te protéger!

Le travail avec lui porte sa récompense;
L’homme laborieux brave la pauvreté;
Père de la santé comme de l’abondance,
Sans lui point de prospérité.

Fuyons, fuyons ces lieux où la santé s’altère,
Où l’homme s’abrutit espérant s’amuser;
L’ivresse, à ce qu’il croit, adoucit sa misère;
Bientôt la vérité vient le désabuser.