O bonne sœur, merci! mais vite, le temps passe,
Et du jour expirant le sourire s’efface.
Hâtons-nous, hâtons-nous! vous savez mon désir;
Sachons mettre à profit cet instant de loisir.
Tout menace; exerçons notre agile puissance,
Car, si nous ne pouvons détruire l’influence
Des démons de la nuit, mes sœurs, nous savons bien
Du mal semé par eux nous faire un peu de bien.

LES TROIS FÉES se tenant par la main.

Le cercle magique
Sur l’herbe reluit;
Lueur fantastique
Brille dans la nuit.
Chant cabalistique
Murmure sans bruit
L’appel fatidique;
Son fatal que suit
L’esprit prophétique.
Vite, l’heure fuit.

(Une flamme s’élève tout à coup sous le chêne; les fées y jettent chacune quelques herbes qu’elle consume lentement. Les fées tournent autour dans le cercle magique, en murmurant très bas des mots que couvrent entièrement le frémissement toujours croissant des arbres et le chant des sylphes dans le lointain.)

LES SYLPHES.

Le vent s’élève.
Comme un rêve,
Sur les gazons,
Sur les sables,
Insaisissables,
Nous passons.

Formons la ronde
Dans un éclair;
Tournons sur l’onde
La plus profonde;
Tournons dans l’air!

Le vent s’élève.
Comme un rêve,
Sur les gazons,
Sur les sables,
Insaisissables,
Nous passons.

(Le chant s’est rapproché. Les sylphes dansent en formant un grand rond autour du chêne, mais sans trop s’approcher du cercle. Les fées forment un groupe immobile, et paraissent absorbées par l’attention qu’elles apportent à leur charme. Les sylphes cessent leur danse et s’éparpillent çà et là, mais toujours épiant les fées.)

CHOEUR DES SYLPHES, à demi-voix.