Un congrès de marchands, ardents à la rapine,
Qui, pour placer quelques ballots,
Colporteurs de poison, vont guerroyer en Chine,
Verser le sang des matelots.
Là, tous, grands et petits, ont le regard oblique
Et l’œil douteux du commerçant.
La soif du gain les ronge, et leur cœur métallique
Pompe de l’or au lieu de sang.
Ils ont fait de leur langue un argot de boutique,
Qui sert à piper les badauds;
L’appeau du trébuchet où tombe la pratique;
Leur poésie est un endos.
Là, trônent l’industrie et ces monstres énormes,
Que l’on déchaîne par milliers;
Vampires du travail, gigantesques, difformes,
Beuglant au fond des ateliers;
Ces machines d’enfer aux fécondes entrailles
Qui nous dévorent notre pain,
N’étouffant qu’à demi, sous le bruit des ferrailles,
Le râle immense de la faim.
Là, sous l’épais linceul d’éternelles fumées,
Qu’ont peine à soulever les vents,
Se tordent les cités, usines enflammées,
Où sont engloutis les vivants.
Là, toujours des brouillards; sur le ciel gris et terne
A peine un soleil mort déteint,
Et vers midi paraît, ainsi qu’une lanterne,
Dont le flambeau mourant s’éteint.
O pays de malheur, vanté des imbéciles,
Avec tes lugubres palais,
Tes lords tout blasonnés de souillures fossiles;
Avec tes troupeaux de valets.
. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .
Pays de libertés, où l’homme qui gouverne
Est racolé dans les tripots;
Où le tribun futur s’élit à la taverne,
Entre les coupes et les pots.
Pays de grands mangeurs, d’hommes insatiables
Qui, pour emplir leurs intestins,
Pour se gorger, le soir, à rouler sous les tables,
Epuisent les peuples lointains!