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Mais le titre littéraire le plus solide de Bouniol c’est le recueil publié en 1843, intitulé Orphelines. Ce volume se compose de petits drames en prose, empreints de beaucoup de grâce, de naturel, d’observation; dont la moralité est assez transparente pour être entrevue sans rebuter, et où se trouvent des poésies charmantes, parmi lesquelles brille d’un éclat très vif la pièce intitulée le Poète et les jeunes filles. Quand même Bouniol n’aurait écrit que cette seule pièce de vers, son nom vivrait dans la mémoire des littérateurs comme le nom d’un écrivain plein de naïveté, de finesse et de malice enfantine. Jusqu’à présent nous n’avons pas été avare de citations, car nous voulions qu’on jugeât nos poètes, non d’après nos opinions personnelles, mais d’après des fragments étendus de leurs productions. C’était aussi donner du relief au récit et offrir de nombreux points de comparaison. Toutefois cette pièce est trop longue pour être insérée en entier; nous nous contenterons d’en donner plusieurs strophes, qui convaincront nos lecteurs que M. Bouniol a plus d’une corde à sa lyre:
LE POÈTE ET LES JEUNES FILLES.
A Mesdames B.... N. et B.... D.
LES JEUNES FILLES.
Partir! Enfin partir! Plus de mines boudeuses!
Adieu la classe, adieu les maîtresses grondeuses,
L’éternelle leçon que prolonge l’ennui,
Et nos loisirs si courts durant ces longues heures,
Dont le pensum taquin dérobait les meilleures,
Avant que ce beau jour eût lui.
Enfin, enfin, on peut causer, rire à son aise,
Travailler quand il plaît; si le travail nous pèse,
Remettre au lendemain; et, dans un doux repos,
Dans ce calme suave, appelé ne rien faire,
Mollement affaissée aux bras d’une bergère,
Perdre le jour en gais propos.
Plus de censeur chagrin qui toujours nous surveille,
Devine le secret qu’on murmure à l’oreille,
Jamais las de crier: Fanny, je ne veux pas,
Au lieu de m’écouter que l’on rie et badine;
A son babil en vain on met une sourdine,
Je sais bien que vous parlez bas.
Pourquoi toujours ainsi, comme un lutin qui rôde,
Ce regard inquiet allant à la maraude?
Lucile, on vous surprend bien souvent au miroir,
Le front dans votre main, sur l’effet d’une pose,
La grâce d’un bonnet, d’un chiffon blanc ou rose,
Pensive à rêver tout un soir.
Lise, vos petits airs de linotte en colère,
Et ces gestes mutins ont l’art de me déplaire!
Claire, ces jeux bruyants ne sont pas de saison,
.... Jamais vit-on pareille esclandre!
Finissez donc! Vraiment on dirait, à l’entendre,
Que le feu prend à la maison!