Et cent autres discours qui font tomber des nues!
Il faudrait, pour avoir des façons ingénues,
Singer ce bon Indou qui, d’un air endormi,
Marche comme à tâtons, n’osant ouvrir la bouche,
De peur, ô crime affreux, d’avaler une mouche,
Ou d’écraser une fourmi.
. . . . . . . . . . . . . . .
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LE POÈTE.
Quoi, chers enfants, déjà risquer le grand voyage!
Déjà tenter le sort, comme si le nuage
Trop tôt ne devait pas obscurcir votre ciel!
Oh! vous ne savez pas ce que c’est que la vie;
Ce qu’au fond de la coupe on peut trouver de lie,
Que d’amertume après le miel!
Vous le verrez, enfants! du plaisir on se lasse!
Cette ivresse du bal combien vite elle passe!
Le sourire à la bouche et le deuil dans le cœur,
Un jour vient qu’on se mêle à nos cercles frivoles,
Et, triste, il faut trouver de joyeuses paroles;
Mentir au cri de la douleur.
Il faut, il faut, quand l’âme est pleine d’amertume,
Froidement se parer d’une gaîté posthume,
Ouïr de méchants vers bravement débités,
Subir les compliments et les caresses feintes,
Les mensonges sans fin, les éternelles plaintes
De nos petites vanités.
Au spectateur blasé pour qui la scène change,
C’est alors que le monde apparaît bien étrange,
Bien vide ce bonheur qui ravit tant de fous!
C’est alors qu’en arrière on jette un œil d’envie,
A ce matin riant, oasis de la vie,
Si loin déjà! si loin de nous!
O temps du vrai bonheur! ô faciles années,
Fleurs, au gré de nos vœux, trop lentement fanées;
On vous regrette, hélas! on voudrait revenir,
Plus sage, à ces beaux jours de l’heureuse ignorance;
Le cœur désabusé voyant fuir l’espérance
Se tourne vers le souvenir!
On redemande encor les jeux de la prairie,
Le bois où se cueillait l’aubépine fleurie,
La maison du vieux garde avec son lait si bon,
Le modeste dortoir, le lit de blanche toile,
Crèche au chaste sommeil, où, merveilleuse étoile,
Un Christ était tout l’horizon.
On revoit et la cour, où de clameurs barbares
On poursuivait Azor, grand amateur de barres,
Et le maigre jardin chéri des limaçons,
Avec le cerisier, tout rouge de cerises,
Où souvent on allait, tremblant d’être surprises,
Marauder avec les pinsons!