Mais Bouniol, frappé d’une maladie cruelle, est arrêté au milieu de sa carrière. C’est un jeune homme ami de la retraite et de l’étude, ignorant du monde et du savoir-faire contemporain. Il est pauvre aussi. Qu’il reçoive, du moins, l’expression de notre sympathie.
SAVINIEN LAPOINTE,
Cordonnier de Paris.
Né à Sens, en 1812, Savinien fut transporté à Paris par ses parents, lors de l’invasion de 1814. Cette famille devint pauvre par une maladie cruelle, qui en jeta le chef à l’hôpital, où il resta deux ans. Ce fut, pendant ce temps d’épreuve, qui obligea la mère de Savinien à se mettre nourrice, qu’il fut envoyé à la campagne chez son grand-père maternel. Si nous recherchons la cause première qui donna l’éveil à la vocation poétique de Savinien Lapointe, nous la trouvons dans le spectacle de la nature se déroulant à son imagination adolescente. Ce fut dans la vie calme des champs qu’il reçut ces impressions profondes qui devaient engendrer plus tard la pièce si charmante: le Bois, que nous donnons ici tout entière:
LE BOIS.
Oh! vous, pauvres puissants, que l’étiquette enchaîne,
Allez au bois;
Et là, vous entendrez, assis sous le vieux chêne,
De douces voix.
Muet comme l’extase, et, caché sous l’ombrage,
Le soir, j’entends
Les amours de l’oiseau, les amours du feuillage,
Comme les vents.
Tout est ravissement, dans ce paisible asile;
Du rameau vert,
De l’herbe, de la mousse et du genêt fertile
Sort un concert.
Là, la fleur dit à l’air, alors qu’elle se penche:
Caresse-moi;
Et l’air répond, dans la corolle blanche:
Je suis à toi.