Aime-la comme on aime, au sortir de l’enfance,
Avec ce dévoûment, cet entier abandon
Qui survivent aux temps, aux revers, à l’absence,
Et dont les nobles cœurs seuls ont reçu le don...
Puis, enfant, aime aussi, d’une égale tendresse,
Ton père, cet ami, cet aimable mentor,
Poète sans orgueil, et savant sans rudesse,
Qui du bonheur des siens fait son plus cher trésor...
Va! livre ta nacelle à ce fleuve perfide,
Que peu, même au printemps, traversent sans effroi;
L’amour de tes parents, comme une double égide,
S’élèvera toujours entre la vague et toi.
MARIE LAURE.
Pendant que les salons de Paris résonnaient de la voix pure et mélodieuse d’Élise, une autre jeune fille, dans un coin retiré de la Normandie, sentait aussi s’allumer en son cœur la flamme de la poésie en présence d’une nature riante et pittoresque. Sa venue au monde avait été déplorable:
Enfant j’étais muette, aveugle et si débile
Que, durant tout le jour, je restais immobile,
Et chacun tristement et le bras étendu
Vers moi, disait tout bas: cet enfant est perdu.
Pourtant on me sauva.
Bientôt ses infirmités disparaissent. Habitante d’une petite ville avec sa mère et sa sœur, elle parcourt presque toujours seule les belles campagnes qui l’environnent, et laisse flotter ses pensées sous le souffle des émotions qu’elles lui causent.