Que sa divine main, sur ta tête posée,
Courbant les longs rameaux de l’arbre de la croix,
En fasse découler la céleste rosée
Qui nous rend l’innocence une seconde fois.

Porte aux pieds des autels ta candeur angélique;
Les cœurs simples et purs sont aimés du Seigneur;
Saint Jean, ce Fénélon du livre évangélique,
Ce frère de Jésus était simple de cœur.

Ne cherche point, enfant, à soulever le voile
Qui cache l’Éternel aux regards d’ici bas;
Les Rois-Mages suivaient la lueur d’une étoile,
Sans savoir en quels lieux elle guidait leurs pas...

Adore avec respect cet auguste mystère,
Où nous voyons l’auteur des mondes et des cieux,
Se donner en pâture aux enfants de la terre,
Et laver nos erreurs dans son sang précieux.

Tu franchis aujourd’hui ces plaines du jeune âge,
Dont l’herbe est si touffue et l’horizon si beau;
Colorant l’avenir des reflets d’un mirage,
Tu fais les premiers pas dans un sentier nouveau.

Que ce jour, Maria, le plus doux de la vie,
Te laisse un souvenir solennel et touchant;
Nul n’aura sa blancheur ni sa paix infinie;
Nul ne sera plus pur de l’aurore au couchant.

Ce qu’on nomme bonheur, en ce siècle profane,
De son charme divin ne saurait approcher;
Qu’importent les parfums de la fleur qui se fane
Et la splendeur du lys qu’un souffle fait pencher?

Si tu veux que, pour toi, le sort soit sans orages,
Des plaisirs décevants éloigne-toi toujours;
Enfant! ne bâtis point sur nos tristes rivages
Le nid qui jusqu’au soir abritera tes jours...

Garde-toi de placer tes fraîches espérances
Sur de fragiles biens, car tous s’envoleront...
Songe que Dieu n’admet aux saintes récompenses
Que ceux dont la douleur a sillonné le front...

Oh! bénis-le ce Dieu qui te donne pour mère
Un ange de vertus, d’indulgente bonté,
Qui, détournant de toi toute boisson amère,
T’a fait le sol de mousse et le ciel argenté.