Ce fut vers cette époque qu’elle composa une touchante élégie sur la mort de mademoiselle Élisa Guizot. Par l’entremise de M. Heim, préfet des Deux-Sèvres, qui avait pour elle une bienveillance paternelle, mademoiselle Moreau envoya cette élégie à M. Guizot, alors ministre de l’instruction publique. Ce dernier répondit à la jeune fille une longue lettre écrite en entier de sa main, et ne borna pas à de vaines paroles ce qu’il appelait sa reconnaissance: il fit parvenir à mademoiselle Moreau un encouragement de 500 francs et, l’engageant à quitter Coulonges pour Paris, il lui assura qu’elle trouverait un ami dans le ministre. Cette promesse, il l’a tenue. Si la jeune fille sans fortune et sans prôneurs a vaincu les difficultés de sa position, c’est au constant appui de M. Guizot qu’elle le doit.

Cependant la renommée d’Élise Moreau grandissait; on ne parlait que d’elle dans son département. Il fut de nouveau question de la mettre en pension. Ses parents crurent bien faire en la faisant entrer dans le pensionnat de mademoiselle Bérat à Niort. Malgré toutes les bontés qu’on eut pour elle dans cette maison, elle ne put y demeurer qu’un mois. Loin de sa mère, loin de la nature, cette âme aimante souffrait trop.

Une dernière épreuve était réservée à la pauvre enfant: on croyait encore à l’initiation obligée de la poésie, qu’on regardait comme l’arcane des arcanes; les poètes de la nature n’existaient pas alors. Il advint donc qu’un professeur de littérature, octogénaire, M. Briquet, se mit en tête que, avant de mourir, il pourrait doter son pays d’un poète féminin. Finis coronat opus, a dit un ancien, et le professeur de littérature avait résolu de clore sa carrière par l’accomplissement de cet excellent adage. Cette résolution passa à l’état d’idée fixe dans le cerveau du bon vieillard et ses instances devinrent si pressantes que mademoiselle Moreau dut partir pour Niort, afin de profiter de ses leçons. Elle descendit, suivant les intentions de M. Briquet, dans la maison de madame Goujon. Au bout de trois mois, le vieillard mourut, et mademoiselle Moreau, en quittant le pensionnat jura qu’elle ne rentrerait jamais dans aucun établissement de ce genre. Des professeurs, consultés par sa famille, dirent qu’il fallait la laisser s’abandonner à toute la liberté de ses inspirations. Revenue à Coulonges, elle sentit qu’il lui restait beaucoup à apprendre encore et se mit au travail avec une ardeur que ne ralentissait même pas la faiblesse de sa santé. Une grande joie vint l’y trouver: à des vers qu’elle avait adressés à M. de Lamartine sur la mort de sa fille elle reçut de l’illustre poète une réponse, aussi en vers, accompagnée d’un exemplaire des Méditations et des Harmonies.

En 1834, le premier congrès scientifique se tint à Poitiers, ville peu distante de Coulonges. Le préfet des Deux-Sèvres, M. Léon Thiessé, protecteur zélé de la jeune fille, engagea ses parents à la conduire au congrès. L’enfant eut un succès complet. Elle improvisa une ode sur les travaux de cette assemblée, qui lui décerna une médaille à l’effigie de Malherbe. Dès ce moment, sa destinée poétique fut fixée. L’année suivante, elle vint à Paris avec sa mère, qui ne l’a jamais quittée depuis. M. Guizot l’accueillit comme un ami et lui donna immédiatement une pension de 400 francs. Cette pension a été depuis augmentée deux fois par M. de Salvandy et le sera sans doute encore.

Mademoiselle Moreau publia, en 1837, la première édition des Rêves d’une jeune fille, qui fut rapidement épuisée. En 1838, son ode sur l’arc de Triomphe de l’Étoile obtint une mention honorable de l’Académie française. Elle fit paraître ensuite un roman intitulé: Une destinée, puis un livre pour la jeunesse, en prose aussi, Les Souvenirs d’un petit enfant. Ce dernier ouvrage a obtenu, en 1841, un encouragement de 800 francs de l’Académie française. L’année suivante, cette même académie a décerné à l’unanimité à mademoiselle Moreau le prix de 1,500 francs de M. de Maillé, de la Tour Landry, destiné au talent poétique qui donne le plus d’espérances.

Les poésies de mademoiselle Moreau forment principalement un recueil d’élégies qui brillent par un remarquable talent de versification; on y trouve de la grâce, de l’harmonie, de l’élégance jointe à l’abondance des images, à l’habileté et au naturel des tours, à une variété de pensées justes, ingénieuses, délicates, exprimées d’une manière ferme et concise. Le talent de ce poète de la nature appartient, selon nous, au genre tempéré; il s’élève rarement vers les grands horizons de la pensée; mais quand élargissant ses cadres, il passera de sujets privés à des sujets d’intérêt général, quand il déploiera enfin ses ailes dans toute leur largeur, il se montrera sans doute sous un jour plus splendide qui le fera paraître plus saisissant, plus profond et plus sympathique.

La pièce suivante qui ne se trouve pas dans les poésies publiées par mademoiselle Moreau, et qu’elle nous a obligeamment communiquée donnera une idée de son talent poétique.

A MADEMOISELLE MARIA DE F....

Le jour de sa première communion.

Va recevoir celui de qui tout bien dérive,
Maria! qu’en ton cœur, vase d’élection,
Il verse les parfums de cette foi naïve,
La plus belle des fleurs de la sainte Sion.