A la vue de sa fille, naguère encore si charmante, de sa fille affreusement pâle et maigrie; de sa fille dont la voix est faible et altérée, dont la taille s’est voûtée, dont la démarche est chancelante et le regard est terne, la pauvre mère est saisie d’effroi, et elle conduit sans retard son enfant chez un médecin célèbre. Ce médecin reconnaît une phtisie pulmonaire mortelle... cependant l’air de la campagne a fait quelquefois des miracles, et il recommande l’air de la campagne.
Marie Laure respira encore l’air pur des champs, auquel elle dut un soulagement momentané; mais son sort était décidé sans retour. Les secours de la religion lui furent administrés. Elle vécut encore quelques jours, plongée dans un assoupissement presque continuel. Dans un moment lucide, où le sourire errait sur ses lèvres pâles, et où elle pensait à Dieu et à sa bonté infinie, sa pauvre mère lui entendit dire très distinctement à voix basse:
«Mon Dieu, je vous demande un million de fois pardon.»
Le lendemain de sa mort, c’était la fête du village, les jeunes, filles, vêtues de blanc, voulurent la porter elles-mêmes jusqu’au cimetière. Elles jetèrent sur sa tombe des milliers de fleurs et l’entourèrent de rosiers blancs.
Voici l’épitaphe qui fut gravée sur la pierre de son tombeau:
Ici dort un enfant, fleur un seul jour fleurie,
Vierge au front inspiré;
Elle avait les doux noms de Laure et de Marie,
Nom charmant! nom sacré!
La mort seule a calmé son mystique délire.
Comme vers un autel
Son âme virginale et l’âme de sa lyre
Montent ensemble au ciel.
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La vie de Marie Laure a été trop courte pour que son talent put briller dans toute sa force et dans toute sa pureté. Le recueil de nouvelles en prose et de poésies qu’on a publié après sa mort est empreint d’un délicieux parfum de jeunesse et d’une originalité native qui décélait l’inspiration. C’est comme poète de la nature que Marie Laure figure dans cet ouvrage; poète spirituel et penseur, qui, s’il eût vécu plus longtemps, fût devenu sans doute un grand poète.
La pièce qui suit a été composée par Marie Laure, pendant le mois qui a précédé sa mort. Elle en écrivit les derniers vers quelques heures avant son agonie.