De leurs foyers éteints d’effarés déserteurs;—
Des tentes çà et là s’ouvrant sur les hauteurs
A l’air moins chaud qu’on y respire;—
D’autres sur l’Océan sillonnant un chemin;—
Mon père, vieux soldat, m’entraînant par la main,
Monte en pleurant dans un navire;
Et le chant maternel qui m’endormit cessa,
Et la vague en courroux sur son sein me berça
Comme une marâtre qui gronde.
Ma mère! A chaque instant mes cris la demandaient;
Et les pleurs de mon père à mes pleurs répondaient;
Et le vaisseau fuyait sur l’onde.

«Nous la verrons demain,» disait-il chaque soir;
Et dans le somme étrange où je croyais la voir,
Pauvre orphelin! j’allais l’attendre.
Mais à la vierge, avant, dont elle eut le doux nom,
Je récitais pour elle une ardente oraison
Dans son dialecte si tendre.

Hélas! par le malheur, par les flots ballotté,
Mon père enfin m’apprit qu’aux cieux, à son côté,
Elle nous gardait une place;
Et mes regards, errant au monde merveilleux,
Du sentier qu’elle avait suivi dans les champs bleus,
Le long du jour cherchaient la trace.

J’avais de mon pays perdu l’aspect si beau;
L’Espagne encor s’éloigne avec le saint tombeau
Indifférent à cette terre;
Et toujours vers le sud tournant des yeux en pleurs,
Je vins en frissonnant traîner tant de douleurs
Parmi les brumes d’Angleterre.

La France m’accueillit.—Une enfance sans jeux,
Hâtive m’entraîna vers cet âge orageux
Où les passions brisent l’âme.
Les passions!—torrent par les revers glacé—
Toujours inaltérable en mon cœur ont laissé
Ce pâle visage de femme.

Oui, vingt ans ont coulé pleins de trouble et d’ennuis,
Et dans ces longs moments qu’en mes fiévreuses nuits
L’insomnie au repos dérobe,
Toujours je crois la voir qui, de ce char cruel,
S’envole, ange ineffable, et me ravit au ciel
Dans les pans d’azur de sa robe.

Mais ces admirables peintures n’étaient que l’écho fidèle de ses tristesses intérieures, et il voulut embrasser un plus vaste horizon, en dévoilant des impressions, des passions et des sentiments mieux appropriés aux dispositions de l’humanité dans ses conditions ordinaires. Parmi ces pièces où son talent se développe et s’élève très haut, nous citons la pièce suivante, l’Oiseau inconnu.

L’OISEAU INCONNU.

Je ne sais pas ton nom, petit oiseau des champs
Qui, par longs intervalles,
Fais retentir au loin la gaîté de tes chants
En strophes matinales.

Je n’entendis jamais de près ta belle voix;
Jamais au premier âge
Tu ne vins sur mon front te choisir dans les bois,
Un balcon de feuillage.