«Ie ne m’attache pas à vn seul: Il y en a trop qui pechent maintenant en cela. Mais je rougis pour des pedants, qui, sortis des frontieres où le parler n’a point de raison establie, nous donnent à connoistre qu’ils sont plus habiles en latin qu’en leur propre langue.
«Qui sera-ce d’entre-eux qui, bannissant les lettres radicales, vray fondement de l’origine de nos dictions, nous tirera des confusions où nous iette leur impertinente façon d’escrire qu’ils accommodent à la prononciation? Comment discernera-on an (annus) d’auec en (in), preposition; amande (amigdala) et amende (mulcta); accord (contractus) et accort (prudens); ambler, aller à l’amble (tollutim incedere), et embler (furari); autel (altare) et hostel (domicilium); aulx, pluriel d’ail (allium), et os (ossa).—Balet (genus choreæ) et balay (scopæ).—Chaisne (catena) et chesne (quercus); cents (centum) et sens (sensus); clerc (clericus) et clair (clarus); chœur (chorus) et cœur (cor); comte (comes), compte (computatio) et conte (narratio); ceps (compedes), seps (vites).
«..... Fraiz (sumptus), frais (recens); lacer (ligare), lasser (fatigare); lys (lilium) el licts (lecti); MEURS (maturi) et mœurs (mores); nœud (nodus) et NEUF (nouus ou nouem); or (aurum) et ORD (sordidus); quoy (quid) et coy (quietus); rets (retia), rais (radius), rez (rasus).
«Seur (securus), sœur (soror) et sur (super); SIX (sex) et sis (iacens); souris (mus) et sousris (subrisus). Teint (color vultus) et thim (thymus). Vœu (votum), VEU du verbe voir (visus).
«Et vne infinité d’autres, qui, s’escriuans d’vne mesme sorte, nous embroüilleroient estrangement.
«Il est bien vray que les habiles qui sont ennemis des nouueautez et de telles ignorances, escriuent indifféremment plusieurs paroles françoises, comme connoistre et cognoistre, proufit et profit, souscrire et soubscrire, debuoir et deuoir. Encore voudrois ie qu’on obseruast en ces derniers vne différence, car deuoir sans b se rapporte à officium et l’autre à debere; distiller et distiler, porreaux et pourreaux, etc.
«D’auantage on retrenche maintenant beaucoup de lettres qu’on escriuoit autresfois sans aucune raison, comme le b de prestre, le g d’un, et plusieurs autres que la memoire ne me peut fournir à cette heure. Ne vous arrestez donc pas aux nouuelles escritures: car ie vous asseure que les plus renommez du temps n’ont point d’autre opinion que celle que ie vous mets ici.»
Il est à croire, dans l’ordre d’idées, saines sous plusieurs rapports, où se place le docte interprète du roi pour l’italien et l’espagnol, que l’orthographe devait être tout aussi difficile à apprendre par sa méthode et dans ses grammaires qu’elle l’est de nos jours dans les nôtres.
* Le P. Antoine Dobert, Dauphinois, religieux minime. Récréations littérales et mystérieuses, où sont curieusement estalez les principes et l’importance de la nouvelle orthographe, avec un acheminement à la connoissance de la poësie et des anagrammes. Lyon, de Masso, 1650, in-8.
Je n’ai pas pu voir cet ouvrage. L’abbé Goujet déclare qu’il ne connaît rien de plus ridicule et de plus burlesque.