Du Tertre. Méthode universelle pour apprandre facilemant les langues, pour parler puremant et escrire nettemant en françois, recueillie par le S. Du Tertre. Paris, Iean Iost, 1651 et 1652, in-12.
Ouvrage sans valeur, sans intérêt, et qui dénote, de la part de son auteur, une complète ignorance des données de son sujet.
Le P. Laur. Chiflet. Essay d’une parfaite grammaire de la langue françoise: où le lecteur trouvera en bel ordre tout ce qui est de plus necessaire, de plus curieux et de plus elegant en la pureté, en l’orthographe et en la prononciation de cette langue (première édition). Anvers, 1659, in-12; Paris, Maugé, 1668, in-12; sixième édition, Cologne, chez Pierre le Grand, 1680, in-12 de 4 ff. prél., 295 pp. plus 3 ff. de table; réimprimée sous le titre de Nouvelle et parfaite Grammaire, etc. Paris, 1680, et Jean Pohier, 1687, in-12 de 8 ff. prél. et 295 pp.; ibid., 1722, in-12.
L’ouvrage du savant jésuite a dû jouir d’une grande célébrité, si l’on doit en juger par les nombreuses éditions qu’on en a faites depuis 1659 jusqu’en 1722. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de retrouver en partie l’application des principes de ce grammairien, en fait d’orthographe, dans la première édition du dictionnaire de l’Académie. Cette conformité d’opinions ne se rencontre cependant que dans les questions où Chifflet ne fait qu’enregistrer les règles consacrées par l’usage.
Chifflet cependant est loin dans ses principes d’être conservateur absolu. Ennemi de l’innovation en matière de prononciation, il professe, d’un autre côté, que c’est cette dernière qui doit régler l’écriture, sans qu’on doive trop se soucier des questions purement étymologiques.
Il est à regretter que l’Académie, dans son premier travail lexicographique, n’ait pas suivi de plus près les propositions de Chifflet; les changements apportés dans les éditions suivantes du dictionnaire en ont montré la justesse.
Je vais exposer rapidement celles de ses règles qui n’ont pas été admises dans la première édition du dictionnaire de l’Académie et celles où ce grammairien peut être considéré comme novateur, même aujourd’hui.
«En écrivant, dit-il (p. 257), certains mots françois, qui naissent des langues étrangères, l’hébraïque, la grecque et la latine, et où le cha, cho, chu se prononcent comme ka, ko, ku, il est meilleur de n’y point mettre d’h, comme: arcange, escole, colere, Baccus, ecô, caractère, pascal, cicorée, estomac. Excepté chœur, que l’on est contraint d’écrire avec un h pour le distinguer de cœur.»
«Aux noms terminez en ect, le c ne se prononce pas, comme effect, respect, etc. Lisez, et, pour mieux faire, écrivez aussi effet, respet, suspet, etc. Ecrivez aussi saint, instint, distint, défaut (p. 239).»
«N’écrivez pas subjection, ny sujettion, mais sujetion, comme il se prononce. Et généralement où le c ne se prononce pas devant le t, les sçavans, pour la plûpart, ne l’écrivent plus (p. 258).»