«On écrit mieux soûmettre, que soubmettre ou sousmettre[151]. L’on dit et l’on écrit maintenant omettre et omission, et non pas obmettre[152], ny obmission[153]. Cette mauvaise prononciation de quelques-uns estoit venuë de l’ignorance de ceux qui n’entendoient pas l’étymologie latine de ce mot, qui vient du verbe omitto, où la première syllabe est briève et non pas obmitto qui ne fut jamais latin. Mais les sçavans ayant tenu bon, cet obmettre a perdu son crédit (p. 256).»
[151] [152] [153] Orthographe adoptée dans la 1re édition du Dictionnaire de l’Académie.
«Voicy les mots où le d ne se prononce pas et les plus sçavans ne l’y écrivent plus: ajourner, ajournement, ajouter, ajuster,
amodier, avancer, avantage, avenir, aventurier, avertir, avis, avouër, aveu, avocat, etc. Il faut dire et écrire amiral et non pas admiral (p. 239).»
Pour les mots terminés en ent il est contraire à leur changement en ant, «car il y a, dit-il, grande différence entre les ant ou ent briefs et les longs, comme entre parent et par an ou parant de parer, entre contant son argent et content de son argent. Et l’on voit pour cela que quelques grammairiens, même des plus nouveaux, qui ont voulu reformer l’orthographe, n’ont pas bien rencontré, en conseillant d’écrire tous ces ent par un a, par exemple puremant et nettemant, comme ils l’ont pratiqué eux-mêmes dans le titre de leurs grammaires. Que n’ont-ils considéré que cela causeroit mille fausses prononciations, puisque tous les ant, écrits par a, sont longs, sans aucune exception? En un mot, leur zèle est bon, mais certes il est peu judicieux, et il seroit à désirer que quelqu’un de ces messieurs de l’Académie en prononçast un bel arrest, qui auroit, sans doute, une grande authorité sur tous les gens d’esprit (p. 211).»
Je n’ai pas besoin d’insister sur l’inanité d’une objection qui, fondée sur la quantité latine, n’est point applicable au français.
«C’est maintenant, dit-il encore plus loin (p. 274), une bonne coûtume de plusieurs sçavans de ne point écrire l’s en beaucoup de mots où elle ne se prononce pas. On n’écrit plus deuxiesme, escrire, mais deuxieme[154], écrire: mais, à dire vray, tout cela n’estant qu’un trop petit remede à la bizarrie (sic) qu’il y a en nostre orthographe. Au sujet de l’s, s’il la faut prononcer ou non, je ne vois autre moyen d’en faire une parfaite distinction, que d’écrire une double s, au lieu d’une simple, quand elle se doit prononcer devant les consones (sic). Par exemple: déscrire une seule s, puisqu’elle est muette, desscription avec deux s pour signifier que l’s y doit estre prononcée. Ce seroit un remede infaillible, mais je n’oserois commencer le premier un si grand changement en nostre orthographe.»
[154] Plus loin cependant il abandonne même cette dernière orthographe, et se prononce pour le remplacement de l’x par le z. «Les mieux entendus n’écrivent plus deuxiéme, sixiéme, dixiéme, mais comme il se prononce (sic) deuziéme, siziéme, diziéme.» Il est à regretter qu’on n’ait pas adopté cette orthographe qui aurait fait disparaître la bizarrerie dans l’écriture de ces quelques adjectifs ordinaux, comme deuxième, troisième, douzième, dont la prononciation est identique malgré leur triple forme.
La proposition du bon père ne devait pas être acceptée. On ne revient jamais, heureusement, sur une amélioration accomplie.
Il dit qu’il est beaucoup de mots où le ti devrait plutôt s’écrire ci, comme il se prononce. «Ce sont les mots qui naissent de ceux qui se terminent en ce. Par exemple: de vice, vicieux, par un c plûtost que par un t.» L’Académie a partagé à cet égard l’opinion du savant grammairien, sauf pour les mots essentiel, pestilentiel, substantiel, qui attendent encore la réforme.