Enfin, en ce qui concerne les doubles lettres, il paraît favorable au retranchement de la consonne muette pour rendre l’écriture conforme à la prononciation, car il écrit flame, consone, etc. Cependant à cet égard il ne suit aucune règle fixe et les exemples qu’on pourrait citer ne sont que des exceptions.
Grammaire générale et raisonnée contenant les fondemens de l’art de parler, expliqués d’une maniere claire et naturelle (par MM. de Port-Royal). Paris, Pierre Petit, 1660, in-12; Bruxelles, Fricx, 1676, pet. in-12.
Il serait à désirer, selon les savants auteurs:
- «1o Que toute figure marquast quelque son, c’est à dire qu’on n’écriuist rien qui ne se prononçast;
- «2o Que tout son fust marqué par vne figure: c’est à dire qu’on ne prononçast rien qui ne fust ecrit;
- «3o Que chaque figure ne marquast qu’vn son, ou simple ou double. Car ce n’est pas contre la perfection de l’écriture qu’il y ait des lettres doubles, puisqu’elles la facilitent en l’abrégeant;
- «4o Qu’vn mesme son ne fust pas marqué par de différentes figures.»
Voir plus loin l’analyse de l’[édition de 1756], annotée par Duclos.
Antoine Bodeau de Somaize. Le grand Dictionnaire des Prétieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique, où l’on verra leur antiquité, costume, devise, etc. Paris, Jean Ribou, 1661, 2 vol. petit in-8.
M. Francis Wey, dans son ouvrage intitulé Remarques sur la langue française, a épuisé toutes les formules de l’indignation contre les «mutilations» que la «coterie» des Précieuses a fait éprouver à l’orthographe traditionnelle. Je ne saurais, sans de nombreuses et très-importantes restrictions, me ranger à son sentiment; le temps, d’ailleurs, a donné raison aux Précieuses sur bien des points. Voici ce qu’il dit à ce sujet (page 38 et suiv.):
«Ce n’est pas ici le lieu de débattre la valeur littéraire de cette coterie célèbre des Précieuses; nous devons nous borner à constater leur influence énorme sur l’orthographe, à raconter ce qu’elles firent, et comment les choses se sont passées. L’aventure est narrée par Somaize[155]. Les conséquences de l’incident qu’il rapporte ont été si extraordinaires, l’incident lui-même est si peu connu, que nous le reproduirons en entier.
[155] M. Wey n’indique pas de quel ouvrage il tire la citation suivante, mais on la trouve au mot Ortographe du célèbre dictionnaire satirique devenu aujourd’hui si rare et si recherché des bibliophiles. Il a été réédité par M. Ch.-L. Livet dans la Bibliothèque elzévirienne de M. P. Jannet.
«L’on ne sçauroit parler de l’ortographe des pretieuses sans rapporter son origine, et dire de quelle maniere elles l’inventerent, qui ce fut et qui les poussa à le faire. C’estoit au commencement que les pretieuses, par le droit que la nouveauté a sur les Grecs[156], faisoient l’entretien de tous ceux d’Athenes[157], que l’on ne parloit que de la beauté de leur langage, que chacun en disoit son sentiment et qu’il faloit necessairement en dire du bien ou en dire du mal, ou ne point parler du tout, puisque l’on ne s’entretenoit plus d’autre chose dans toutes les compagnies, L’éclat qu’elles faisoient en tous lieux les encourageoit toutes aux plus hardies entreprises, et celles dont je vais parler, voyant que chacune d’elles inventoient de jour en jour des mots nouveaux et des phrases extraordinaires, voulurent aussi faire quelque chose digne de les mettre en estime parmy leurs semblables, et enfin, s’estant trouvées ensemble avec Claristene[158], elles se mirent à dire qu’il faloit faire une nouvelle ortographe, afin que les femmes peussent écrire aussi asseurement et aussi corectement que les hommes. Roxalie[159], qui fut celle qui trouva cette invention, avoit à peine achevé de la proposer que Silenie[160] s’écria que la chose estoit faisable. Didamie[161] adjoûta que cela estoit mesme facile, et que, pour peu que Claristene leur voulut aider, elles en viendroient bien-tost à bout. Il estoit trop civil pour ne pas repondre à leur priere en galand homme; ainsi la question ne fut plus que de voir comment on se prendroit à l’execution d’une si belle entreprise. Roxalie dit qu’il faloit faire en sorte que l’on pût écrire de mesme que l’on parloit, et, pour executer ce dessein, Didamie prit un livre, Claristene prit une plume, et Roxalie et Silenie se preparerent à decider ce qu’il faloit adjouster ou diminuer dans les mots pour en rendre l’usage plus facile et l’ortographe plus commode. Toutes ces choses faites, voicy à peu près ce qui fut decidé entre ces quatre personnes: que l’on diminueroit tous les mots et que l’on en osteroit toutes les lettres superflues. Je vous donne icy une partie de ceux qu’elles corrigerent, et, vous mettant celuy qui se dit et s’écrit communement dessus celuy qu’elles ont corrigé, il vous sera aisé d’en voir la difference et de connoistre leur ortographe: