[162] Je marque d’un astérisque les mots dont l’usage et l’Académie ont complétement ratifié la correction. Certaines simplifications, comme entousiame, catéchîme, frédeur, constatent une prononciation exceptionnelle alors, et restreinte peut-être au cercle des Prétieuses. Elle n’a pas prévalu.

Il ressort du curieux document de Somaize que la prononciation tendait, vers la seconde moitié du dix-septième siècle, à s’amollir par suite de l’influence de la cour et des cercles de la haute société. L’Académie, dans sa sixième édition seulement, a commencé à inscrire raideur, conformément à la prononciation des Prétieuses, qui prévaut aujourd’hui pour ce mot et non pas pour frédeur.

Ainsi qu’on le voit, une grande partie des réformes opérées par les Précieuses ont été sanctionnées par l’Académie, et un plus grand nombre encore l’eussent été, si l’on avait dès cette époque su faire un emploi judicieux de l’accent grave et de l’accent circonflexe. A ce titre, malgré l’affectation d’un langage prétentieux et quintessencié, la coterie présidée par Voiture et Sarasin a rendu de véritables services à la langue française.

Simon Moinet, principal correcteur pour le français dans l’imprimerie des Elseviers, voulant faciliter aux étrangers la lecture des livres en cette langue, eut en 1663 l’idée d’imprimer à ses frais un petit poëme: La Rome ridicule du sieur de Saint-Amant, travêstië à la nouvêle ortografe, pure invanţiön de Simon Moinêt, Parisiïn. A Amstredan, aus dêpans ê de l’inprimerië de Simon Moinêt, 1663, in-12, de 40 pag.

Les lignes qui commencent sa dédicace à Guillaume III peuvent donner une idée de sa méthode phonétique:

Ce que pêrsone n’a ancore su, ni ouï, ni vu,
L’ORTOGRAFE FRANÇOISE,
ou la siänce de lire é d’êcrire françois.

«Monsêgneur, si ce qui se dit êt vêritable, qu’à gran sêgneur, peu de paroles, il sera aussi vrai de dire à gran sêgneur peu d’êcriture, puisque l’êcriture reprêsante la parole, é toutes deus sont l’image de la panséë. Mais je ne croi pas que pêrsone, depuis que l’on parle françois, l’ait faite si courte que moi, qui l’abrêge an sorte que je le fai touchér à l’eull é au doit.»

Simon Moinet propose le ll mouillé des Espagnols dans les mots mail, bail, le t à cédille pour le t adouci et sifflant: suprémaƫie. Malheureusement son écriture est hérissée d’accents, comme c’est le cas de tous ceux qui veulent déterminer exactement le son des voyelles sans introduire de nouveaux caractères alphabétiques.

* Jacques d’Argent, gramairien. Traité de l’ortographe françoise dans sa perfection, dédié à M. Colbert fils, seigneur de Seignelai. Paris, 1666, in-12.