Il supprime l’h à théorie, et écrit filosofe, attendu, dit-il qu’il a «cru devoir laisser aux lettres françoises le son qu’elles ont naturellement, pensant que si les Latins ont écrit certains mots dérivés du grec, c’est qu’elles gardoient une aspiration differente et qu’ils prononsoient les premieres silabes de philosophia et de character autrement que celles de figura et de caput. Aparemment, s’ils les avoient prononcées de la même manière, ils les auroient exprimées aussi par les mêmes letres, etc... Pourquoi ne pas imiter les Italiens et les Espagnols, qui n’ont pas cru être obligés a garder l’ortografe latine dans les mots venus du grec? Si on en avoit toujours usé de cette sorte, Madame de.... n’auroit pas été si scandalisée contre Eliogabale. «O que ces empereurs Romains ètoient cruels! s’écria-t-elle un jour en bonne compagnie, ils faisoient prendre des paysans et leur faisoient aracher la langue pour s’en nourrir.» Elle venoit de voir un livre qui disoit que cet empereur mangeoit des pâtés de langues de phaisans, et s’imaginant qu’un p se prononçoit toujours p elle avoit lu des langues de paysans au lieu de langues de faisans

Voici l’extrait d’un passage dans lequel le savant abbé expose et pratique en partie son système. On remarquera l’emploi de l’accent grave dans une foule de cas où on ne l’admettrait pas aujourd’hui, ce qui semblerait indiquer sinon de sensibles différences dans la prononciation, du moins un emploi peu judicieux des signes d’accentuation:

«Remèdes aus dèfauts de la vieille ortografe. On poûroit avoir un alfabet fait exprès, et qui donât a chaque son simple un caractère simple; et l’on en poûroit venir a bout sans avoir besoin de recourir a des caractères absolumant nouveaus. Peut-être même que le public n’auroit pas beaucoup de peine a recevoir ces changemans: on a bien introduit dans le siècle passé l’j consone difèrant de l’i voyelle, et l’v consone difèrant de l’u voyèle.

«Mais en atandant qu’on puisse introduire cet alfabet rèformé, il faut tâcher a coriger les dèfauts les plus sansibles. C’est ce que j’ai tâché a faire jusqu’ici. On poûroit aler ancore plus loin que je n’ai èté, sans être obligé a introduire des caractères absolumant nouveaus.

«On demande un alfabet qui fournisse un caractère particulier pour chacun des trente-trois sons simples ausquels on peut rèduire tous ceus que nous avons dans notre langue; et qui s’éloigne le moins qu’il se poûra des caractères dont nous nous servons aujourd’hui.

«Pour satisfaire a cète demande, j’ai dressé le mèmoire suivant, ou j’ai marqué de quèle manière on pouvoit exprimer les trente-trois sons de notre langue, sans se servir de caractères absolumant nouveaus.

«J’ai mis au comancemant de chaque ligne les sons simples qu’il s’agit de signifier; j’ai ajouté pour èxample a chacun de ces sons simples un mot fransois ou se trouve le son simple; et a la fin de la ligne j’ai mis le caractère dont on peut se servir pour l’exprimer.

«L’ordre dans lequel j’ai mis ces sons simples est conforme au système que j’ai tâché à ètablir dans mes Essais de Granmaire, et dans la suite que j’y ai ajoutée: a come dans paroître, a; o come dans colère, o; u come dans batu, u; ou come dans poulet, ou; si l’on vouloit, on prandroit de l’alfabet grec le caractère ȣ.

«Les imprimeurs poûront avoir des caractères ou ces deus lètres seront acolées; et pour l’ècriture on ne doit craindre aucune èquivoque, parce que ces deus lètres ne se prononcent sèparèmant que dans quelques noms propres venus du grec ou du latin, come Piritoüs; et l’on se prescrira une règle gènèrale, de mètre toujours deus points sur cèle des deux voyèles qui comance une nouvèle silabe.

«Eu come dans feu, dans bonheur, eu; si l’on vouloit, on prandroit des Grecs le caractère ευ. Les imprimeurs poûront avoir des caractères ou ces deux lètres seront acolées; et pour l’ècriture, quand il se trouvera des mots ou e et u garderont chacun leur son, on mètra deus points sur l’u, de cète manière, rèüssir, rèünir.