L’y lui paraît une forme introduite par les copistes pour figurer ij ou le double i. L’y, dit-il, n’est presque plus d’usage en notre langue que dans les trois ou quatre occasions suivantes: yeux, yvoire, yvre[177].
[177] On écrit ivre, ivoire, et on a maintenu seulement l’y dans yeux.
Voici dans quelle mesure il se montre réformateur: il écrit ortographe, atacher, létre (de litera), suposé, indiférent, dificulté, netement, ofrir, oposé, voyéle, néte, comode, naturéle, prométre, sience, soufrir, nouvèle, anciéne, etimologie, afirme, consone, nazal, bizare; il écrit même silabe.
* Pierre Panel. Le Tableau de l’Ortographe françoise. Hambourg, 1710, in-8.
Je n’ai pas vu cet ouvrage, cité par Goujet comme ayant trait à la réforme.
De Grimarest. Éclaircissemens sur les principes de la langue françoise. Paris, 1712, in-12.
«Je tiens, nous dit-il, à l’égard de l’orthographe, entre les anciens et les modernes.» Aussi les modifications qu’il propose sont-elle modérées. Il répond ainsi à ceux qui voudraient conserver les s étymologiques: «Tous les mots où l’on peut supprimer l’s viennent-ils du latin? Et d’ailleurs, ou l’on sait le latin ou on ne le sait pas. S’ils le savent, sera-ce cette lettre supprimée qui les empêchera de reconnoître que répondre vient de respondere, hôte de hospes? Si le lecteur ignore la langue latine, que lui importe?....» Il se plaint avec toute raison de ceux qui, de son temps, mettaient des y partout.
Le désordre et l’incertitude de l’orthographe offraient jusqu’au commencement du dix-huitième siècle de graves inconvénients pour la détermination si importante des noms propres. Ainsi, malgré de patientes investigations, nous ignorons encore la véritable prononciation du nom de famille d’un des plus célèbres imprimeurs de Lyon, écrit tantôt Rouille, Rouillé, Roville. Grimarest cite un écrivain, Touville, inscrivant son nom sur trois écriteaux aux faces de sa maison, tous trois orthographiés différemment: Touuille, Toville, Tovville.
Le P. Gilles Vaudelin, augustin réformé. Nouvelle Maniere d’ecrire comme on parle en France. Paris, Jean Cot et Jean-Baptiste Lamesle, 1713, in-12.—Instruction chrétienne mise en ortografe naturelle, pour faciliter au peuple la lecture de la science du salut. Paris, 1715, in-12.
Le bon père augustin, frappé de l’utilité de rendre la langue française accessible aux classes qui n’ont pas de loisirs, a cru résoudre le problème en créant un alphabet phonétique, composé de 13 voyelles et de 16 consonnes. Un trait, nommé aujourd’hui diacritique, distingue les valeurs différentes d’une même lettre. Il a ainsi un système de représentation nouveau et plus logique pour les sons a, an, ai, é, in, i, e, o, on, eu, un, ou, u. Les consonnes c, g, h, j, n, l, r, z, s, d, t, v, f, p, b, m, n’ont subi aucune modification quant à la forme, sauf que h a changé de valeur et représente ch. S’il n’est pas arrivé à la classification organique des consonnes, qui est une des conquêtes de la philologie moderne, on voit qu’il y tend. Son écriture occupe notablement moins d’espace que la nôtre, et elle figure mieux les sons.