Il serait trop long d’analyser ici le chapitre que l’auteur consacre à la lettre e et les articles de plusieurs autres lettres. Je noterai cependant son opinion sur la lettre f et le ph. Il conserve le ph dans les noms propres transcrits du grec: Phaéton, Philippe, Phocas, Céphale; il l’admet également au mot philosophe, où il croit qu’il sied à merveille, «par le respect que nous devons avoir pour les sages de la Grèce,» ainsi que dans les mots où il est précédé d’un m, comme triompher, nimphe, simphonie. Partout ailleurs l’f lui suffit: exempl.: fantaisie, fanatique, ortografe, profane.

Il regrette qu’on n’ait pas inventé encore une cédille pour distinguer le g doux dans agir, généreux, obligeant, geolier, gageure, du g dur, dans les mots languir, guéridon, Goliath, guide.

Quant à l’h, il ne lui reconnaît pas d’utilité dans les mots crétien, cronique, rétorique, rûme, auteur, téatre, téologie, aujourdui. Il la maintient au commencement des syllabes où elle est d’usage, comme dans homme, honête, hureux (sic)[178], dehors, souhait, haine, «avec cependant une petite marque de distinction dans lés occasions où elle est fortemànt aspirée. Cette marque sera un point placé dans le çantre de cette lettre.»

[178] Telle était la prononciation de la triphthongue eur dans quelques parties de la France, et particulièrement en Normandie. Voltaire se l’est permise dans ces vers:

Il voit les murs d’Anet bâtis aux bords de l’Eure,

Lui-même en ordonna la superbe structure.

Lorsque la voyelle i est suivie d’un l mouillé, il l’écrit avec un tréma, ex.: coquïlle, fïlle, sïllon, pérïl, babïl, gentïl, ce qui nous indique, par parenthèse, que ces trois derniers mots, surtout le dernier, se prononçaient en 1716 autrement qu’aujourd’hui.

Il supprime l’œ dans ces mots sœur, bœuf, vœux, qu’il écrit par un e simple: seur, beuf, veux.

Il enlève le p dans temps, baptême, ptisane, corps, niepce, qu’il orthographie tams, batême, tisane, corps, nièce; mais il le garde dans le nombre sept.

Il conserve à la lettre q son u, qu’il appelle servile, mais il distingue par un point supérieur[‡] cet u lorsqu’il se fait entendre, comme ou devant a: aqūatique, éqūateur, qūadrature et comme u devant e et i, dans qūesteur, Qūintilien, Qūinquagésime.