[‡] Point supérieur représenté ici comme dans l'original: ū.
Quand le r ne se prononce pas à la fin des mots, il marque d’un accent aigu l’e qui le précède: singuliér, milliér, particuliér.
La suppression de l’s dans les mots connoistre, maistre, naistre, gouster, lui fournit l’occasion d’une observation assez ingénieuse. Le digramme ou signe binaire ai (qu’il appelle diftongue), étant long de sa nature, il est inutile d’employer l’accent circonflexe, et l’on doit écrire simplement conaitre, maitre, naitre, gouter.
Il réclame une cédille sous le x dans les mots éxamen, éxil, éxample, où cette lettre se prononce comme gz.
Il exclut l’emploi de l’y dans les mots mistique, sistème, hipotèque, sintaxe, sinode, piramide, hipocrite, et même dans ceux-ci: Baïeux, Maïence.
Le petit traité de l’abbé Girard fournit matière à une foule d’autres remarques intéressantes.
Plan d’une ortographe suivie, pour les imprimeurs. (Dans les Mémoires de Trévoux, août 1719.)
«L’ortographe françoise étant fort incertaine, à cause de l’usage différent des auteurs, qui en ce point se contrarient les uns les autres et souvent se contrarient eux-mêmes, il est bon, pour tirer les imprimeurs d’embarras, de leur fournir, comme ils l’ont souvent demandé, des régles auxquelles ils puissent s’attacher, pour garder dans l’ortographe la commodité et l’uniformité convenable et dont ils puissent rendre raison, quand ils ne seront pas obligez par les auteurs d’en user autrement. Ces reflexions ne seront point d’un moindre usage pour les etrangers qui sont encore plus embarrassez sur ce point que nos imprimeurs.»
Ces réformes, très-sages, ont presque toutes été acceptées. Elles consistent:
- 1o Dans la suppression de l’s dans des mots de ce genre: j’ai esté, qu’il fust, les forests, que l’auteur écrit été, fût, forêts.
- 2o Dans l’emploi de l’accent circonflexe pour remplacer l’s supprimée dans ces mots: tâcher, fête, aprête.
- 3o «Par la raison de l’usage le plus étendu et le plus commode, on supprimera encore toutes les consones doubles qui ne se prononcent point; ainsi on n’imprimera point infidellité, appeller, pardonnera, mais infidelité, apeler, pardonera, parce qu’on ne prononce qu’une l dans les deux premiers et qu’une n dans le dernier. Il faut cependant excepter les mots fort courts, et qui n’ont qu’une sillabe, par exemple, elle, donne, comme (l’e muet n’est pas ici consideré). Il faut excepter ces monosillabes, parce que l’usage n’a point encore accoutumé les yeux à voir écrire ele, done, come: or, il ne faut jamais choquer manifestement l’usage.»
- 4o Il faut supprimer l’y partout, excepté en deux ou trois mots où l’usage l’exige; comme quand y fait seul un mot: je vous y trouve, etc.
- 5o Il faut distinguer dans les syllabes finales les e aigus, dans assés (sic), placés, des è qui se prononcent ouverts: accès, progrès, etc.
- 6o Il faut supprimer l’e dans rendeu, conceu, aperceu, qu’il faut écrire rendu, conçu, aperçu.
- 7o Il ne faut employer le tréma que dans le cas où il y a véritablement diérèse.
- 8o Il faut marquer d’un accent aigu tous les e qui ne sont pas muets, comme bonté, dégénéré, néteté (sic).