«Signé Marle, rédacteur en chef du Journal de la langue française, rue Richelieu, no 21.»

Ce pari a-t-il été tenu? Je l’ignore. Il semble cependant que plus d’un a dû être tenté de concourir; ce qu’il y a de sûr, c’est que M. Marle ne fut pas ruiné par le nombre des concurrents.

Par ce qui précède, on voit que le système orthographique de M. Marle n’excédait pas les bornes indiquées par plusieurs grammairiens, tels que Girard, Duclos, Beauzée et autres. Cependant, dans l’Appel aux Français, M. Marle, dépassant ces limites déjà si larges, se permit de traduire dans une orthographe bien autrement téméraire quelques-unes des lettres que lui avaient écrites plusieurs académiciens. Ces lettres, où la bienveillance semblait un encouragement, ainsi travesties, suscitèrent une tempête funeste à M. Marle, et le ridicule qui s’attacha à leur transcription fit tomber dans un complet discrédit ses tentatives, qui d’abord avaient été favorablement accueillies.

Voici comment est transcrite dans l’Appel aux Français la lettre de M. Andrieux, p. 161:

«Mosieu,

«Il è d’un bon èspri de déziré la réforme de l’ortografe francèze aqtuèle, de vouloir la randre qonforme, ôtan qe posible, à la prononsiasion; il è d’un bon grammèriin é même d’un bon sitoiiin de s’oqupé de sète réforme; mez il è difisile d’i réusir. Voltaire, aprè soisante é diz an de travô, èt à pène parvenu à nou fère éqrire français qome paix, è non pâ qome françois è poix; on trouve anqore dè jan qi répuñet a se chanjeman si rèzonable é si sinple: lè routine son tenase, le suqsè vouz an sera plu glorieu si vou l’obtené; vou vou propozé de marché lantemant é avèq préqôsion, dan sète qarière asé danjereuze: s’è le moiiin d’arivèr ô but; puisié-vous l’atindre!

«Andrieux, manbre de l’Aqadémie fransèze.»

Cette audace, aussi blessante pour les convenances que pour les habitudes consacrées, nuisit aux progrès raisonnables que l’Académie paraissait disposée à admettre, et les effets s’en firent sentir longtemps.

Dans le Journal des Débats parut l’article suivant (il est de M. de Feletz):

«Un nouveau grammairien, M. Marle, prétend réformer l’orthographe, et il donne un échantillon de ses principes et de sa réforme dans un petit écrit intitulé: Apel o Fransé, Réforme ortografiqe.