L’auteur déclare adopter une marche qui réunisse les avantages des deux méthodes.

«Il ne faut, dit-il, renvoyer persone à l’école; il faut que celui qui savait lire avant la réforme sache lire après la réforme à quelque degré qu’elle soit arrivée; il faut, en un mot, que les changements propozés ou à propozer soient toujours tellement combinés, que les persones qui vèront pour la première fois l’écriture qui en est le fruit puissent la lire sans héziter et sans avoir bezoin d’explication préalable.....» «Homes de lètres favorables à la réforme, professeurs qui voulez la propager, gardez-vous de franchir les limites tracées par ce principe, ce serait tout compromettre, ce serait grossir les rangs de nos adversaires d’une foule de persones qui n’adoptent l’utile qu’autant qu’il est agréable, qu’autant qu’il n’exige de leur part aucun travail nouveau, aucune étude nouvèle.»

Marle retranche donc, en vertu de ce système: a dans Saône, saouler, poulain;—e dans asseoir, surseoir, beaucoup, etc.;—i dans coignassier, poignard, oignon;—o dans bœuf, désœuvrement, nœud, etc.;—un b dans abbaye, rabbin, sabbat;—c dans acquérir, obscénité, scélérat;—un f dans affront, chauffer, etc.;—g dans doigtier, Magdelaine, vingtaine, aggraver, agglomération, etc.;—h dans adhérer, cathédrale, exhorter;—l dans allégorique, alliance, bulletin;—m dans automne, condamner, nommer;—n dans cannibale, connivence, donner;—un p dans appartement, apprendre;—un r dans arrière, carrosse, courrier;—un t dans attachement, flatterie, gratter.—Il remplace le s qui se prononce comme le z par cette dernière lettre: nous reprézentons, poizon. Il fait disparaître les y étymologiques dans sinonime. Il écrit filosofe, ortografe. Il voudrait en outre quelques autres modifications légères.

Dans un remarquable passage relatif à l’abolition des accents locaux et des patois, à laquelle seules une grammaire et une orthographe très-simplifiées pourront conduire, M. Marle s’exprime ainsi:

«Pourquoi telle personne prononce-t-elle mois d’aoûte au lieu de mois d’? C’est parce que cet a et ce t sont écrits; parce que l’œil les voit, parce que le bon sens, d’accord avec la vérité historique, répète sans cesse que les lettres n’ont été inventées que pour être prononcées.

«Écrivez ou, tout le monde prononcera ou.

«Écrivez ardament, solanel, taba, sculture, etc., et il deviendra impossible de prononcer ardemment, solennel, tabak, sculpeture, etc.

«Écrivez ainsi tous les livres nouveaux, toutes les feuilles publiques, tous les almanachs populaires, et les sons purs de l’atticisme français, révélés à tous les yeux, seront rendus par toutes les bouches, et retentiront enfin les mêmes sur les rives de la Garonne, de la Seine et du Rhin.»

A l’appui de ce qu’avance M. Marle, il cite ce passage de Béranger, dans son épître à son patron, M. Lainé, imprimeur à Péronne: «C’est dans son imprimerie que je fus mis en apprentissage: n’ayant pu parvenir à m’enseigner l’orthographe, il me fit prendre goût à la poésie, me donna des leçons de versification, et corrigea mes premiers essais.»

Et M. Marle ajoute: «Si Béranger n’a pas pu parvenir à apprendre l’orthographe actuelle, comment trente millions de Français qui n’ont pas son génie y parviendraient-ils? Aussi nous soutenons que personne ne la sait, et nous proposons un pari de trois cents francs à quiconque prétendra écrire sans faute, sous notre dictée, vingt lignes de mots usuels. Ces trois cents francs sont déposés chez M. Bertinot, notaire, rue de Richelieu, no 28.