«A M. MARLE:

«Vous n’avez pas voulu, Monsieur, comprendre le sens de ma lettre. Je vous y disais qu’une réforme de l’orthographe était difficile; que vous vous proposiez de marcher lentement et avec précaution dans cette carrière assez dangereuse; que c’était là le moyen d’arriver au but; ces avis, à ce qu’il me semble, étaient clairs et raisonnables. Non-seulement vous ne les avez pas suivis; à cet égard vous étiez bien le maître; mais vous avez voulu faire croire que je ne les suivais pas moi-même, et vous avez essayé de me mettre en contradiction avec mon propre sentiment.

«Vous savez aussi bien que moi que toutes ces idées de réforme de l’orthographe ne sont pas nouvelles, il s’en faut de beaucoup; on s’en occupait dès avant Bacon, puisque ce grand homme, dans son livre: De augmentis scientiarum, lib. VI, cap. I, dit expressément qu’elles sont du genre des subtilités inutiles, ex genere subtilitatum inutilium.

«Il est vrai aussi que de très-bons esprits, MM. de Port-Royal, Du Marsais, Duclos, ont désiré que la manière d’écrire se rapprochât de la manière de prononcer.

«Mais, ce qui est pour vous d’un fâcheux présage, des hommes d’un grand mérite, d’habiles grammairiens, Gédoyn[200], Girard, Adanson[201], Domergue, et autres, ont échoué complétement dans des essais semblables aux vôtres.

[200] [201] Il ne m’a pas été possible de découvrir d’autre trace des réformes de Gédoyn et d’Adanson que l’affirmation du docte secrétaire de l’Académie, répétée de confiance par les adversaires de la réforme depuis cette époque.

Il en est des habits ainsi que du langage;

Toujours au plus grand nombre il faut s’accommoder,

Et jamais on ne doit se faire regarder.

«Reprenez donc, Monsieur, le déguisement dont il vous a plu de m’affubler; il ne me va pas du tout; c’est un habit de fantaisie dont vous êtes libre de vous revêtir. J’ai peine à croire que vous en fassiez venir la mode.