«J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
«Andrieux.
«Ce 18 avril 1829.»
Dix ans plus tard, en 1839, M. Marle, ne se bornant pas à ce système inadmissible, voulut introduire une écriture purement phonétique, qu’il nomme diagraphie[202]. Au moyen de 36 signes figurés par des lignes droites ou courbes, faibles ou renforcées, il parvient à reproduire les sons prononcés; en sorte qu’en moins d’une journée, on connaît ce système et on peut l’appliquer à l’écriture et à la lecture. Ce fait est constaté par un grand nombre de rapports d’inspecteurs de l’Académie, d’inspecteurs de l’instruction primaire et de commissions nommées à cet effet. Voici l’extrait de leurs décisions:
«Trois jours suffisent pour connaître et exercer la diagraphie. Elle est un guide incessant de la bonne prononciation.—Elle met l’élève dans la même situation que si un maître lui dictait un bon livre.—Elle économise le temps consacré aux dictées.—Elle réunit, sans en avoir les inconvénients, tous les avantages de la cacographie et des autres genres de devoirs d’orthographe.—Elle fait réfléchir les enfants; elle exerce leur jugement et féconde leur intelligence.»
[202] Grammaire théorique, pratique et didactique, ou texte primitif de la grammaire diagraphique. Paris, Dupont, 1839, in-8.—Manuel de la diagraphie. Découverte qui simplifie l’étude de la langue. Paris, Dupont, 1839, in-8.
Lors de leur apparition, les doctrines néographiques de M. Marle eurent beaucoup de retentissement. Il eut bientôt acquis de nombreux prosélytes, même parmi les grammairiens. Il reçut, dit-on, trente-trois mille lettres d’adhésion formelle; une quarantaine de brochures pour ou contre furent publiées, et des sociétés de propagation se formèrent dans plusieurs villes[203]. Enhardi par ce succès, il franchit les limites qu’il avait posées lui-même (voir p. [318]). Son audace le perdit et rendit même l’Académie plus méticuleuse dans les concessions qu’elle fit dans la cinquième édition de son Dictionnaire en 1835.
[203] A Paris, une société de la réforme, composée d’hommes distingués, de littérateurs, de grammairiens, était en pleine activité. Je citerai parmi ses membres M. M.-A. Peigné, qui, dans plusieurs de ses publications ultérieures, est resté fidèle à quelques-unes des idées qu’il avait puisées à l’école de M. Marle. Cette société se sépara brusquement dans les circonstances suivantes. Il s’agissait d’une grande publication faite à ses frais pour propager l’entreprise commune. La moitié de la société se prononça pour une réforme modérée ou néographique; l’autre pour une réforme radicale ou phonographique; on ne put se mettre d’accord et l’œuvre fut abandonnée.
Quant à cette espèce d’écriture que M. Marle nomme diagraphie, on peut affirmer que, nécessitant des pesées de la plume et autant de levées de la main qu’il y a de lettres, elle ne saurait s’appliquer à l’écriture courante, ni même à la sténographie.
V.-A. Vanier. La réforme orthographique aux prises avec le peuple, ou le pour et le contre. Paris, Garnier, 1829, in-12 de 96 pp.