L’auteur, habile grammairien, est partisan d’une réforme néographique modérée. Après quarante ans écoulés depuis l’apparition de cet opuscule, il semble, en certains points, une œuvre de circonstance, puisqu’il fait valoir avec beaucoup de raison les motifs qui s’opposent à l’admission d’une réforme phonographique, telle que l’avait conçue M. Marle, telle que MM. Féline, Henricy, l’ont préconisée de nos jours, et que M. Raoux l’enseigne à Lausanne.

M. Vanier a fait un compte rendu moitié sérieux, moitié plaisant des conférences sur la réforme orthographique qui eurent lieu en avril 1829. Après avoir reproché à M. Marle l’abandon du plan primitif auquel tant de personnes éminentes et même d’académiciens avaient donné leur approbation, il rapporte les propositions contenues dans les cahiers des divers bureaux. La plupart de ces réformes de détail se rapprochent de celles déjà mises en avant par de Wailly et Beauzée. (Voir plus haut p. [276].)

«Un membre, dit le rapporteur du premier bureau, a fait la remarque que les verbes en eler et eter, en déviant de la règle générale, présentent de grandes difficultés pour notre orthographe, tant aux nationaux qu’aux étrangers. La règle prescrit, pour tous les verbes qui ont un e muet ou un é fermé dans le radical, de le convertir en è grave quand après lui vient un e muet, comme semer, je sème; promener, je promène; peser, je pèse; lever, je lève; pénétrer, je pénètre; répéter, je répète; céder, je cède; révérer, je révère; révéler, je révèle. Pourquoi donc n’écririons-nous pas, conformément à la même règle, appeler, j’appèle, jeter, je jète? Plusieurs membres trouvent que depuis la suppression de la double consonne de l’infinitif, admise par l’usage et sanctionnée par l’Académie, il est contre tout principe de voir, dans un système régulier de conjugaison, cette même consonne reparaître alternativement double et simple, comme dans j’appelle, nous appelons, je jette, nous jetons. Cet alternat de la consonne double et simple dénature le radical et expose bien des personnes à écrire: nous appellons, nous jettons.

«Par suite du principe reconnu qu’il faut respecter l’orthographe des radicaux, les mêmes membres vous proposent d’écrire les verbes en enir par è grave chaque fois que l’inflexion iène se rencontre, comme dans ils viènent, que je viène, etc., attendu que la consonne est simple dans les radicaux venir, venant, venu, tenir, tenant, tenu, etc.

«Pourquoi les mots en on, qui doublent la consonne en formant les dérivés, comme pardon, pardonner, action, actionner, ne la doublent-ils pas dans national, etc.? Il serait à désirer qu’aucun composé ne la doublât. On objecte que la voyelle serait longue avec une consonne simple; nous ne croyons pas cette objection fondée. A quoi donc servirait l’accent circonflexe? Trône, et autres mots ainsi accentués ne se confondraient pas avec l’o devenu bref, n’étant pas affecté de l’accent, Latone.

«Il en est de même de hotte et de hôte. Est-ce que la suppression du double t dans les noms en otte, comme cotte, marcotte, botte, etc., apporterait du changement à la prononciation? Pas plus que dans redingote, dévote, compote, etc., qu’on n’a jamais prononcés redingôte, etc., quoiqu’ils n’aient qu’un t.

«Même désir de voir supprimer le double t dans les mots en atte, dont plusieurs n’en ont qu’un et se prononcent aussi bref que s’ils en avaient deux, témoin batte, natte; cravate, écarlate, etc. On mettrait l’accent sur l’â long, comme dans hâte, il bâte, pâte, etc., et jamais sur l’a bref. La distinction semble suffisamment établie.

«Par le même motif de prosodie, on propose d’écrire flâme, j’enflâme, âme, et de continuer d’écrire inflammable, inflammation avec la consonne double, tant qu’on la fera sentir dans la prononciation.

«Le premier bureau est d’avis unanime que les présentes observations méritent d’être prises en considération.»

Voici maintenant le passage de ce travail qui a trait à la critique de la réforme phonographique. La Réforme est aux prises en assemblée générale avec les orateurs de la gauche qui représentent l’opposition.