[38] On écrit rose et rosier, contrairement à l’orthographe grecque, mais conformément à celle des Latins, qui cependant écrivent Rhodos, l’île de Rhodes. C’est donc à tort que de ῥόδον, la rose, nous avons formé rhododendron, l’arbre-rose et rhodium, vu la couleur rose de ce métal; cette anomalie ferait croire cet arbuste et ce métal originaires de Rhodes.

Cette h, depuis longtemps abandonnée dans la seconde partie de hémorragie, hémorroïdes, et dans squirre, mais qui reparaît dans catarrhe, diarrhée, gonorrhée, formés comme hémorroïdes sur le radical ῥέω, devrait disparaître aussi de réteur, rétorique, comme aussi de rume et rumatisme, qu’on écrivait autrefois reume et reumatisme et plus anciennement rume, ainsi qu’on le voit figurer (gallice) en 1420, dans le Dictionnaire de Le Ver. Tous ces mots, malgré leurs significations diverses, découlent également de ῥέω[39].

[39] Dans les Cahiers de l’Académie pour l’édition de 1694, on fait observer que les monts Riphées s’écrivent sans h (Riphées au lieu de Rhiphées).

L’Académie de Madrid, dans son désir de simplifier encore plus l’orthographe[*] a décidé, en 1859, que tous les mots commençant par h se prononceraient sans aspiration, excepté un seul cas. Elle a cependant respecté l’emploi de cette lettre, en partie à cause de l’origine des mots et en partie pour éviter la confusion qui résulterait de la similitude des sons de mots se prononçant de même, soit ayant l’h, soit ne l’ayant pas. Nous ne saurions faire de même, puisque la versification se trouverait altérée si certaines lettres perdaient leur aspiration. Il est regrettable, toutefois, que, contrairement à l’étymologie, on écrive hache, huile (on écrit olive et olivâtre), huis, huit, huître, qui proviennent de oscia, oleum, oliva, ostium, octo, ostreum. On a eu raison de supprimer récemment l’h dans hermite, puisque l’origine est eremita.

[*] Prontuario de ortografía de la lengua castellana despuesto de real órden para el uso de las escuelas públicas, por la real Academia española. Madrid, imprenta nacional, 1866.

Dans ce même Dictionnaire de Le Ver le mot halitus est traduit en français par aleine.

Corneille écrit sans h le mot orizon, où l’h est muette, et même le mot halte, bien que l’Académie y indique l’h comme aspirée.

Rien n’étonne: on fait alte, et toute la surprise

N’obtient de ces grands cœurs qu’un moment de remise.

(Poésies diverses, 313 et 274.)