Il ne resterait de difficulté que pour neuf mots, antechrist, archéologue, archéologie, chœur, chrême, chrétien, ecchymose, malachite, orchestre, auxquels on peut conserver le ch en indiquant au Dictionnaire qu’il se prononce k.

Il est fâcheux que la prononciation du c étant celle de l’s devant e et i, ne permette pas d’écrire arcéologue, arcéologie, eccymose, malacite, orcestre. Mais pourquoi ne pas prononcer ARCHÉologie comme monARCHIE, ou bien écrire et prononcer ARQUÉologue, comme on écrit et prononce monARQUE, et ne pas s’en tenir à synecdoque que l’Académie elle-même autorise? On pourrait aussi employer le k, d’un si grand usage chez nos anciens poëtes et si regretté par Ronsard. Théodore de Bèze l’indiquait, pour écrire rekeil, rekeillir, etc., au lieu de recueil, recueillir, et nous l’avons admis dans l’usage ordinaire pour kilo, kilogramme, kilomètre, kyste, ankylose, enkysté, kyrielle, mots également dérivés du grec où le χ et le κ sont représentés par k.

Le tableau des mots dérivés du grec où figure le χ montre combien, excepté neuf mots, la régularisation devient facile.

Quant aux noms propres, presque tous dérivés du grec, ils s’écrivent en général avec ch et se prononcent k. Quelques-uns cependant se sont modifiés et ont perdu l’h, tels que Caron, Plutarque, Andromaque, Télémaque. On devrait donc écrire Calkas on Calcas et non Calchas. Mais, comme les noms propres ne figurent pas au Dictionnaire de l’Académie, il est inutile de s’en occuper ici.

Pour des mots scientifiques, tels que cholédoque, cholédologie, il importe fort peu, à qui sait le grec, qu’ils soient écrits d’une manière ou d’une autre. La science du grec ne saurait d’ailleurs être toujours un guide infaillible. Ainsi, de ce qu’on sait le grec, on croira devoir écrire scholie et scholiaste; cependant l’Académie écrit scolie et scoliaste, tandis que, par amour du grec, on aurait dû distinguer le «commentaire, σχολιόν», de la «chanson de table, σκόλιον», et pour se conformer à l’étymologie, écrire avec un h le commentaire, scholie, et sans h la chanson de table, scolie.

D’autres mots signifient même, pour qui sait le grec, précisément le contraire de ce qu’ils veulent exprimer; tels sont oxygène, hydrogène: c’était oxygone, hydrogone qu’il fallait. On ne s’est trompé que du fils au père: au lieu de l’engendreur l’engendré.

Si le doute est permis, même à des hellénistes, quel ne doit pas être l’embarras des artisans, et du nombre immense de ceux qui ne savent ni le grec ni latin? En 1694, quand l’Académie composa son Dictionnaire, savoir lire et écrire était un privilége réservé à une classe restreinte de la société. Aujourd’hui c’est le droit et le devoir de tous[37].

[37] M. B. Jullien, dans son Traité des Principales étymologies de la langue française, après avoir cité un grand nombre de mots qui ne sont que des barbarismes prétentieux, insignifiants, et inintelligibles pour les Grecs, s’exprime ainsi: «C’est payer un peu cher la manie de puiser dans les langues savantes que d’en tirer des barbarismes pour aboutir à des contre-sens.» (P. 59-68.)

DE L’ESPRIT RUDE ET DE LA LETTRE H.

L’Académie semble vouloir renoncer à figurer dans l’orthographe l’esprit rude du ῥ grec, qui indique une aspiration étrangère à l’harmonie de notre langue, et qui ne se fait pas sentir. En effet, l’h, qui était censée représenter cet esprit rude, a disparu de rapsode, rapsodie, rabdologie, rabdomancie, rétine, erpétologie, cataracte (qui serait selon l’étymologie, catarrhacte); pourquoi donc maintenir ce signe h dans les mots arrhes, myrrhe, rhagade, rhapontic, rhinocéros, rhomboïde, rhubarbe, rhume, rhumatisme, rhythme, squirrhe? L’Académie écrit eurythmie qu’elle aurait dû écrire eurhythmie (avec les cinq consonnes), puisqu’elle écrit rhythme. Elle a supprimé la marque de l’esprit rude dans olographe, mais l’a conservée dans holocauste[38].