[65] Dans les quatre éditions précédentes, l’Académie écrit entresol d’un seul mot, de même qu’elle écrit en un seul mot tournesol, parasol, préséance, présupposer, vraisemblance, et qu’on devrait écrire havresac, bouteselle (et non havre-sac, boute-selle), en prononçant l’s comme il devrait toujours être prononcé et non comme z. M. J. Quicherat observe avec raison (Traité de versification française, p. 3) que «l’Académie a tort d’écrire dissyllabe et qu’on doit écrire disyllabe, comme dimètre, dilemme: la particule dis n’ayant rien à faire dans cette composition.»
Il serait désirable que partout où l’s se prononce z, cette dernière lettre pût un jour la remplacer.
On écrivait autrefois hazard, hazarder, nazillard, magazin. Corneille écrivait cizeaux; on devrait donc écrire de même bizeau, nazeau, puisqu’on écrit nez. Bossuet, dans les manuscrits de ses Sermons, p. 59, écrit: vous oziez.
La lettre z est simple, euphonique et gracieuse. Il est regrettable qu’on ait cru en devoir restreindre l’emploi aux seuls mots suivants: alezan, alèze, alize, alizier, amazone, apozème, azerole, azerolier, azimut, azote, azur, azyme, balzan, bazar, benzine, bézoard, bizarrerie, bonze, bronze, Byzance, canezou, colza, coryza, czar, dizain, dizaine, dizenier, donzelle, douzaine, douze, épizootie, gaz, gaze, gazelle, gazer, gazetier, gazette, gazeux, gazomètre, gazon, gazouiller, gazouillement, gazouillis, horizon, lazaret, lazuli (lapis), lézard, lézarde, luzerne, mazette, mélèze, mozarabe, Nazareth, nez, onzième, osmazôme, quartz, quatorze, quinze, recez, rez-de-chaussée, riz, rizière, seize, sizain, sizaine, suzeraineté, syzygie, topaze, trapèze, treize, vizir, vizirat, auxquels il faut ajouter les 41 mots commençant par cette lettre au Dictionnaire.
Si le z pouvait remplacer l’s dans les mots où il en a pris le son, on éviterait des difficultés orthographiques et une règle de grammaire à apprendre avec les exceptions. L’s reprendrait sa fonction naturelle dans ces mots composés: asymptote, désuétude, entresol, havresac, monosyllabe, parasol, préséance, présupposer, soubresaut, tournesol, vraisemblable, etc., que des étrangers croient devoir prononcer comme aisément, avec le son du z.
L’Académie écrit: gendarme, gentilhomme, lieutenant, mainmorte, malhonnête, malintentionné, malpropre, malsain; elle pourrait écrire de même sans tiret: faufuyant, gagnepain, gardefeu, gardemeuble, mainforte.
L’Académie écrit: hautbois (qui serait mieux sous cette forme: haubois, en italien oboè); pourquoi ne pas écrire: hautecontre et contrebasse? et puisqu’on écrit justaucorps, on pourrait admettre haudechausse.
L’Académie écrit sans tiret: nonpareille, parterre, partout, passavant, porteballe, portechape, portechoux, portecrayon, portefaix, portefeuille, portemanteau, postface; et avec tiret: nonsens, passedebout, passeport, passetemps, peutêtre, portecrosse, portedrapeau, portemontre, portevoix. La régularisation de ces derniers mots supprimerait l’embarras du pluriel. On verra par le Tableau des mots composés la difficulté de le former.
L’Académie écrit: outrecuidant, outremer, sauvegarde, soucoupe, soussigné, souterrain, soutirer, surbaisser, surenchère; elle pourrait écrire sans tiret: outrepasser, saufconduit, souslouer (ou mieux soulouer), sousentendu, sousordre, souspréfet ou soupréfet, et devrait écrire soulocataire, sousol, comme elle écrit soucoupe, soutirer, sourire, soubassement, soumission, soulier, mieux écrit autrefois soulié.
L’Académie écrivant surenchérir, surlendemain, surnaturel, pourrait écrire surlechamp, au lieu de sur-le-champ, et le placer à son rang à côté de surlendemain, tandis qu’il faut chercher cet adverbe ou locution adverbiale à Champ; surlechamp est un adverbe comme sitôt et aussitôt, lequel est également composé de trois mots: au-si-tôt.