L’Académie écrit: becfigue, pourboire, quintefeuille, quintessence, tournebride, tournebroche, tournemain, vaurien. Elle pourrait écrire sans tiret: chaussetrape, coupegorge, couvrepied, curedent, quatretemps, quatrevingts, songecreux, et, puisque tapecu est ainsi écrit, torchecul ou torchecu devrait l’être de même.
Bien que l’Académie écrive des contrevents et des abat-vent, des brise-vent et des paravents, des casse-tête et des serre-tête, des tire-têtes et des hausse-cols, des passe-poils et des passeroses, des passerages et des passe-ports, un gobe-mouches et un chasse-mouche, ces mots, de même formation, devraient tous prendre une figure orthographique uniforme.
Comment fixer les pluriels des mots suivants, que chacun forme à sa manière:
Des ayants cause, des bateaux-poste, des boute-selles, des chasse-marée, des tête-à-tête, des souffre-douleur, des contre-vérité, des coq-à-l’âne, des dames-jeannes, des croc-en-jambe, des rouges-gorges, des rouge-queue, des rouges-trognes, des rouges-bords, des garde-forêt, des garde-robes, des cure-dent, des cure-oreilles, des chausse-pied, des entre-côtes, des essuie-main, des appui-main, des fesse-cahier, des porte-hache, des pieds-d’alouette, des passe-volants, des hautes-contres, des culs-de-sac, des guets-apens, des pince-maille, des après-dînées, des après-midi, des garde-fous, des gardes-marine, des perce-oreille, des trouble-fête, des ponts-neufs, des messire-Jean, des bains-Marie, des colin-maillard, des revenant-bon, des porte-étendard, des serre-tête, des tire-têtes, des serre-file, etc.?
Pour lever toute difficulté, ne pourrait-on pas, dès à présent, ramener comme suit à une orthographe uniforme ces mots composés:
Abajour, abavant, appuimain, avancoureur, avanmain, avanscène, bassecour, boutefeu, brèchedent, brisecou, brûletout, cassenoisette, chapechute, chassemarée, chassemouche, cervolant, chaufepied, chaussepied, chaussetrape, choufleur, contrecoup, coupegorge, couvrefeu, crèvecœur, curedent, damejeanne, entracte, entrecôte, entreligne, essuimain, gagnepain, gardechasse, gardecôte, gardemagasin, gardemanger, gardemine, garderobe, gâtemétier, gorgechaude, haussecol, haubois, hautecontre, messirejean, millepied, mouillebouche, ouïdire, passedebout, passedroit, passepartout, passepasse, perceneige, portemontre, portecrosse, reineclaude, reinemarguerite, réveillematin, saufconduit, serrefile, serrepapier, serretête, tailledouce, terreplein, tirebotte, troublefête, vatout, viceroi, et enfin un vanupied, etc. (Voir [Appendice F].)
On place entre deux tirets la lettre euphonique t, et c’est avec raison qu’on écrit: y a-t-il, ira-t-il; mais pourquoi ne pas en faire autant pour l’s qui a le même emploi? On ne devrait pas écrire, comme on le fait, donnes-en, poses-y, cueilles-en, donnes-y, manges-en, ce qui donne lieu à l’erreur fréquente que l’on commet en s’imaginant que, dans toutes les conjugaisons, la seconde personne de l’impératif doit avoir une s. Il faut donc de toute nécessité écrire donne-s-en, porte-s-y, va-s-en chercher, va-s-y, cueille-s-en, mange-s-en; ou mieux en mettant un z euphonique à la place de l’s, puisque l’Académie écrit maintenant quatre-z-yeux qu’elle écrivait auparavant quatre-zyeux.
Doit-on, pour la division des mots au bout des lignes, se conformer à l’étymologie ou bien à l’épellation, qui favorise mieux la lecture à haute voix? L’Académie, dans son Dictionnaire, n’a adopté aucune règle fixe à cet égard: il conviendrait de faire cesser cette incertitude qui embarrasse les correcteurs d’imprimerie. Ainsi, dans la même page, on trouve écrit: sou-scrire conformément à l’étymologie, et sous-crire, conformément à l’épellation. Il en est de même pour sou-scripteur et sous-cripteur, atmo-sphère et atmos-phère, hémi-sphère et horos-cope, cata-strophe et cho-révêque, mono-ptère et coléop-tère.
L’Académie ayant admis la division i-nadmissibilité, i-négalité, su-ranné, pros-terner, pros-tituer, semblerait autoriser cette division conforme à l’épellation pour des-truction, des-titution, dés-union, pres-cription; cependant elle écrit aussi in-specter, in-spirer, ob-struction, pro-scrire, conformément à l’étymologie.