Ainsi, pour ces diverses séries de mots prononcés en cion, en cieux, en cie et en ciel, le c ayant déjà été employé quelquefois par l’Académie à la place du t, on pourrait adopter uniformément la lettre c. Par là bien des difficultés et des règles de grammaire seraient supprimées.
Quant aux autres séries de mots où ti figure, peut-être conviendrait-il de préférer le ţ au c: tels sont les mots écrits exactement de même, mais qui changent de signification et de prononciation, du moment où ils ne sont plus des verbes à la première personne du pluriel de l’imparfait de l’indicatif.
| nous acceptions | — les acceptions | nous inspections | — les inspections |
| nous adoptions | — les adoptions | nous interceptions | — les interceptions |
| nous affections | — les affections | nous inventions | — les inventions |
| nous attentions | — les attentions | nous intentions | — les intentions |
| nous contentions | — les contentions | nous mentions | — les mentions |
| nous contractions | — les contractions | nous notions | — les notions |
| nous dations | — les dations | nous objections | — les objections |
| nous désertions | — les désertions | nous options | — les options |
| nous dictions | — les dictions | nous persécutions | — les persécutions |
| nous exceptions | — les exceptions | nous portions | — les portions |
| nous éditions | — les éditions | nous rations | — les rations |
| nous exemptions | — les exemptions | nous relations | — les relations |
| nous exécutions | — les exécutions | nous réfractions | — les réfractions |
| nous infections | — les infections | nous rétractions | — les rétractions |
| nous injections | — les injections | nous sécrétions | — les sécrétions |
La cédille, placée sous le t comme on le fait pour le c lorsqu’il prend le son de s, ferait cesser cette confusion injustifiable. Il deviendrait aussi facile de distinguer les accepţions de nous acceptions, les adopţions de nous adoptions, et de discerner et de prononcer les deux ti, soit ti et ţi (ci), qu’il l’est de ne pas confondre les deux sons du c dans commerçant et traficant, dans reçu et recueillir.
Les deux verbes initier et balbutier seraient aussi écrits par ţ.
Quelle difficulté, je ne dirai pas de distinguer (il n’y a pas de distinction possible), dans la foule des mots où se trouvent les deux lettres ti, ceux où il faut les prononcer soit ti, soit ci: amitié, pitié, inimitié, chrétien, moitié, épizootie[71], et: initié, inertie, imitation, Capétiens, facétie, primatie! Pourquoi supportions et action, argentier et différentier, abricotier et balbutier? Qui d’entre nous sait comment il faut prononcer antienne?
[71] L’Académie n’indique pas la prononciation de ce mot.
Resteraient les autres mots terminés en TION: dentition, partition, pétition[72], où le premier ti doit se prononcer ti et le second ci; On écrirait donc: dentiţion, partiţion, pétiţion, propitiaţion, et de même tous les mots dérivés de la première conjugaison latine, abdicare, abdicaţio, abdicaţion, et ceux de la quatrième conjugaison latine, audire, audiţio, audiţion (le nombre en est minime). Ceux, en si grand nombre, appartenant aux deux autres conjugaisons latines ont leur désinence en ţion, sion, ssion et cion.
[72] Contrairement aux règles de la grammaire, le premier ti dans ce mot, et dans les cinq autres, épizootie, étiage, étier, étiolement, étioler, se prononce ti, bien que placé entre deux voyelles.
Si l’on pouvait adopter une forme, la même pour tous, sion, ce serait préférable, car, pour pouvoir distinguer ces désinences diverses, il faut savoir le latin. Cet emploi du ţ ferait cesser de nombreuses incertitudes.