doux gaġure, manġure, verġure, affliġant, exiġant, rouġatre, oranġade, et, conformément à la prononciation, le g dur serait employé pour les mots figure, envergure, gaġe, gorġer.
Par cette légère modification, on aurait le double avantage de ne présenter à l’œil rien de choquant et d’inusité, et d’épargner l’emploi de l’e, si fâcheusement mis en usage pour rendre au g dur, devant les voyelles a, o, u, le son du j. A moins qu’on ne préférât remplacer le ġ doux par le j, comme on l’a souvent proposé, et comme il l’a été dans le mot donjon, écrit dongeon et dongon dans le Procès de la Pucelle. On écrit, en effet, jumeaux et gémeaux, jambe et gigue, enjamber et dégingandé, jambon et regimber; de même que du latin gaudere, gaudium, on a fait joie, joyeux, réjouir; de gena, joue; de magis, majeur, majesté, bien qu’on écrive magistrat, et par contre de juniperus on a fait genévrier. En 1240, ego s’écrivait ge que nous avons remplacé par je[80]. D’après ces exemples, on pourrait donc écrire jujer, gajure, verjure, gaje.
[80] Cette orthographe ge domine encore dans les manuscrits du Roman de la Rose, ainsi que j’ai pu le constater dans les manuscrits que je possède; plus tard, surtout en Picardie, le j a remplacé le g.
Pourquoi traduire jacens et hic jacet par gissant et ci-gît, au lieu de jissant et ci-jit, et écrire genièvre au lieu de jenièvre, en latin juniperus? On écrivait autrefois avec raison jesier, du latin jecur; pourquoi gésier?
Il est fâcheux de voir ainsi écrits les mots:
| abstergent | et affligeant |
| astringent | et assiégeant |
| contingent | et dérogeant |
| convergent | et changeant |
| diligent | et désobligeant |
| négligent | et obligeant |
| indulgent | et outrageant |
| indigent | et partageant |
En écrivant affliġant, exiġant, naġant, partaġant, diriġant, au lieu de affligeant, exigeant, nageant, partageant, dirigeant, on simplifierait l’orthographe déjà si compliquée des mots terminés en ANT, et l’on pourrait écrire obliġance, comme on devrait écrire négliġance.
Avant l’emploi de la cédille placée sous le ç, on était forcé, pour éviter qu’on prononçât commencons, d’écrire nous commenceons, comme nous écrivons gageure en ajoutant un e. La cédille ayant rendu inutile cette addition de l’e à la suite du c, l’e dans commenceons fut supprimé[81].
[81] Si cette distinction du g dur et du ġ doux était admise, l’usage bien distinct des deux g et ġ permettrait PLUS TARD de supprimer l’u introduit après le g pour le rendre dur lorsqu’il est suivi d’un e ou d’un i (exemples: langue, languir), de même que, par une raison contraire, on ajoute l’e à gaġeure. On écrirait alors lange, langir, en conservant gu pour les mots tels que anguille, aiguille, etc. et ġe pour gaġe, gaġure, etc.; par là, trois prononciations seraient bien distinctement figurées.